Le Tractatus Logico-Philosophicus, de Ludwig Wittgenstein

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Wittgenstein http://sos.philosophie.free.fr

Ce logicien rigoureux n’a publié de son vivant qu’un seul livre, très court (75 pages), le Tractatus logico-philosophicus. Son influence a été néanmoins décisive au point qu’on le considère aujourd’hui comme un des philosophes majeurs du XXème siècle.

 

1 – La Philosophie du Tractatus

Le Tractatus logico-philosophicus est un ouvrage très court mais déconcertant car il se présente sous la forme d’une suite d’aphorismes. Il s’agit de répondre à la question “Que peut-on exprimer ?”. Wittgenstein y montre que le seul usage correct du langage est d’exprimer les faits du monde, que les règles a priori de ce langage constituent la logique (celle issue de Frege et de Russell), que le sens éthique et esthétique du monde relève de l’indicible et que la philosophie, parce qu’elle essaie de montrer les pièges du langage, est condamnée au silence.
L’ouvrage est divisé en sept parties, d’où sept aphorismes principaux, numérotés de 1 à 7 :

  • “Le monde est tout ce qui arrive.”
  • “Ce qui arrive, le fait, est l’existence d’états de choses.”
  • “Le tableau logique des faits constitue la pensée.”
  • “La pensée est la proposition ayant un sens.”
  • “La proposition est une fonction de vérité des propositions élémentaires.”
  • Le sixième aphorisme indique la forme générale d’une fonction de vérité.
  • “Ce dont on ne peut parler, il faut le taire.”

On voit que les deux premiers aphorismes posent l’état du monde, que les quatre suivants pensent l’image du monde qui n’est autre que la pensée logique et que le dernier (qui clôt l’ouvrage) porte sur les limites du discours logique.
Sous chacun des aphorismes principaux (excepté le dernier) apparaissent des commentaires dont le niveau d’approfondissement est marqué par la numérotation. Par exemple 1.1 est le commentaire de 1, 1.11, 1.12 et 1.13 sont les commentaires de 1.1 etc.

 

a) De la logique de Frege à Wittgenstein

Frege et Russel ont développé la logique propositionnelle. Qu’est-ce qu’une proposition ? En première approximation, il s’agit d’une phrase. Néanmoins toute phrase n’est pas une proposition. Un ordre “il faut aller te coucher” ou une question “d’où viens-tu ?” ne sont pas des propositions car elles ne peuvent être considérées comme vraies ou fausses. De plus, une phrase comme “si je deviens riche, alors je m’achèterai un château” est formée de deux propositions : “je deviens riche”, “je m’achèterai un château” reliée par un lien de connexion “si… alors”. Une proposition est donc un énoncé capable d’autonomie grammaticale. “Brutus tua César” et “Brutus occidit Caesarem” sont deux phrases différentes mais non deux propositions différentes puisqu’elles ont exactement le même sens. Une proposition est donc considérée selon sa signification et non comme un ensemble de sons.
Frege a inventé un système symbolique pour formaliser le langage ordinaire. La distinction grammaticale entre sujet et prédicat propre à la logique héritée d’Aristote est remplacée par une distinction entre fonction et argument. Par exemple, la phrase “César conquit la Gaule” signifie le résultat :

  • Soit de la fonction “x conquit la Gaule (complétée par “César” comme argument).
  • Soit de la fonction “César conquit x” (complétée par “la Gaule” comme argument).
  • Soit de la fonction “x conquit y (complétée par les arguments “César” et “la Gaule”)

Pour Frege “César conquit la Gaule” dénote le vrai et “Pompée conquit la Gaule” dénote le faux ; les valeurs de la fonction “x conquit la Gaule” pour différents arguments sont toujours des valeurs de vérité (vrai ou faux).
Dans la théorie classique du syllogisme, la validité des inférences résulte de la disposition correcte du sujet et du prédicat :
Tout M est P
Or S est M
Donc S est P
Frege place au centre de la logique des types d’inférence qui ne dépendent plus de la division en sujet et prédicat. L’inférence “Si les oiseaux peuvent voler, c’est que les oiseaux ont des ailes ; or les oiseaux peuvent voler, donc les oiseaux ont des ailes” est donc de la forme “Si p alors q, or p donc q”
Dans le calcul propositionnel apparaissent deux types de symboles : les variables (p, q, r etc.) et les constantes qui correspondent à des conjonctions telles que et, ou, si… alors etc.
Le calcul propositionnel permet de formaliser un grand nombre d’arguments. Par exemple :
Socrate est vivant ou mort
Or Socrate n’est pas vivant
Donc Socrate est mort
se formalise par “si p ou bien q et pas p alors q”. Cet argument est toujours valide et sa validité n’a rien à voir avec Socrate, la vie ou la mort car quelles que soient les valeurs de p ou q, le raisonnement tout entier est toujours valide.
Frege a systématisé la logique propositionnelle. Il montre que toutes ces vérités logiques peuvent être organisées en un système axiomatique comme la géométrie euclidienne.
En lui-même, le calcul propositionnel n’est pas assez riche pour symboliser le syllogisme classique:
Tous les hommes sont mortels
Or Socrate est un homme
Donc Socrate est mortel.
Cependant nous pouvons exprimer la proposition “tous les hommes sont mortels” par “Pour tout x, si x est un homme, x est mortel” à quoi on rajoutera “or x est un homme donc x est mortel”. Ainsi, en ajoutant au calcul propositionnel le quantificateur universel (avec des règles pour son emploi), Frege développe un système de logique complet.

à suivre sur : http://sos.philosophie.free.fr

Autre site sur Wittgenstein et son Tractatus Logico-Philosophicus

 

Le Tractatus logico-philosophicus: pages de DIEGO MARCONI

théorie de l’image.

Les réflexions sur le langage du jeune philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein(1889-1951), élève de Russell à Cambridge, et bon connaisseur des œuvres de Frege, sont synthétisées dans un petit livre de quelques quatre-vingt pages, le Tractatus logico-philosophicus (1922). Le but principal du Tractatus est de répondre à la question: en quoi les propositions de la logique se distinguent-elles de toutes les autres propositions du langage? Pour répondre à cette question, Wittgenstein formule une théorie générale du langage, dans laquelle il s’agit de saisir «l’essence de la proposition» (1914-1916: 22.1.1915), c’est-à-dire des énoncés déclaratifs. Il est d’accord avec Russell sur la conception d’une proposition simple telle qu’une structure relationnelle (de type Rabc), qui asserte que certains objets (a, b, c) ont entre eux une relation R: par exemple que a se trouve entre b et c. Mais une proposition a aussi une forme (par exemple, la forme de Rabc pourrait être indiquée par ‘Xxyz’); et Russell, à cette époque, avait tendance à concevoir les formes propositionnelles comme des «objets logiques» simples, dont la connaissance directe (acquaintance) est présupposée par la compréhension du langage. Mais – objectait Wittgenstein – si les formes sont des objets logiques, de quelle manière une proposition peut-elle nous communiquer sa forme? Certainement pas en la désignant par un nom, parce que cela ne ferait qu’ajouter un constituant à la proposition, en en modifiant la forme; mais pas même en l’exprimant par une proposition, parce que cela impliquerait une régression à l’infini (1914-1916: 20.11.14). La forme doit être exhibée par la proposition: de même qu’une photographie exhibe la structure de la situation qu’elle représente (elle fait voir, à travers la disposition de ses éléments, que les choses se présentent de telle ou telle manière dans la réalité), une proposition montre la structure de ce qu’elle asserte. Comme dans le cas de la photographie, la structure qu’elle exhibe est la structure de ce dont on asserte la subsistance (c’est-à-dire de l’état des choses dont on asserte qu’il est un fait: la proposition «le chat est sur la table» asserte que c’est un fait que le chat est sur la table).
Wittgenstein en arrive donc à penser une proposition comme une image (Bild). Ce n’est qu’en concevant la proposition comme une image que nous parvenons à rendre compte du fait qu’elle peut nous communiquer une information nouvelle. Elle nous dit quelque chose de la réalité, que nous ne savions pas auparavant; et elle nous le dit en utilisant uniquement ses parties constituantes – les mots – et leur disposition. «Une proposition doit communiquer avec des expressions anciennes un sens nouveau. La proposition nous communique une situation; elle doit donc avoir une interindépendance essentielle avec cette situation. Et cette interdépendance consiste justement en ce qu’elle est l’image logique de la situation» (1922: 4.03). Wittgenstein nous invite à accomplir un processus d’abstraction, à partir des images au sens ordinaire du terme jusqu’à la proposition comme image logique; et il essaie de nous faire voir que, dans ce processus, «l’essentiel de la représentation par l’image» (4.016) n’est pas perdu. Une photographie en noir et blanc, par exemple, «ressemble» intuitivement à la situation qu’elle représente; mais, à y regarder de plus près, dans la photo il n’y a pas de tridimensionnalité, les relations chromatiques entre les objets réels sont représentées par des relations du type «plus clair» ou «plus foncé» et les dimensions des objets représentés sont différentes de celles des parties correspondantes de la photo (même si les proportions sont conservées). La photographie représente la réalité avec ses moyens, sur la base de certains conventions, du point de vue d’une certaine forme de la représentation.

à suivre : http://www.lyber-eclat.net

 

Autre site (en Anglais et en Allemand) sur Wittgenstein et son Tractatus Logico-Philosophicus

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Tractatus Logico-Philosophicus, by Lugwig Wittgenstein

The web site of Jonathan Laventhol http://www.kfs.org

Préface

This book will perhaps only be understood by those who have themselves already thought the thoughts which are expressed in it — or similar thoughts. it is therefore not a text-book. Its object would be attained if it afforded pleasure to one who read it with understanding.

The book deals with the problems of philosophy and shows, as I believe, that the method of formulating these problems rests on the misunderstanding of the logic of our language. Its whole meaning could be summed up somewhat as follows: What can be said at all can be said clearly; and whereof one cannot speak thereof one must be silent.

The book will, therefore, draw a limit to thinking, or rather — not to thinking, but to the expression of thoughts; for, in order to draw a limit to thinking we should have to be able to think both sides of this limit (we should therefore have to be able to think what cannot be thought).

The limit can, therefore, only be drawn in language and what lies on the other side of the limit will be simply nonsense.

How far my efforts agree with those of other philosophers I will not decide. Indeed what I have here written makes no claim to novelty in points of detail; and therefore I give no sources, because it is indifferent to me whether what I have thought has already been thought before my by another.

I will only mention that to the great works of Frege and the writings of my friend Bertrand Russell I owe in large measure the stimulation of my thoughts.

If this work has a value it consists in two things. First that in it thoughts are expressed, and this value will be the greater the better the thoughts are expressed. the more the nail has been hit on the heard. — Here I am conscious that I have fallen far short of the possible. Simply because my powers are insufficient to cope with the task. — May others come and do it better.

On the other hand the truth of the thoughts communicated here seems to me unassailable and definitive. I am, therefore, of the opinion that the problems have in essentials been finally solved. And if I am not mistaken in this, then the value of this work secondly consists in the fact that it shows how little has been done when these problems have been solved.

L. W.

Vienna, 1918

 

Lugwig Wittgenstein
Tractatus Logico-Philosophicus

Hypertext of the Ogden bilingual edition http://www.kfs.org/~jonathan/witt/tlph.html

Translated from the German by C.K. Ogden
With an Introduction by Bertrand Russell

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