Extrait de “L’ETOURDIT” texte de 1973 de Jacques Lacan : “Qu’on dise reste oublié… “

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Paru dans Scilicet, 1973, n° 4, pp. 5-52 :

L’ETOURDIT  (Début)               

Jacques Lacan

Qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend.

Cet énoncé qui paraît d’assertion pour se produire dans une forme universelle, est de fait modal, existentiel comme tel : le subjonctif dont se module son sujet en témoignant.

Si le bienvenu qui de mon auditoire me répond assez pour que le terme de séminaire ne soit pas trop indigne de ce que j’y porte de parole, ne m’avait de ces phrases détourné, j’eusses voulu de leur rapport de signification démontrer le sens qu’elles prennent du discours psychanalytique. L’opposition qu’ici j’évoque devant être, plus loin, accentuée.

Je rappelle que c’est de la logique que ce discours touche au réel à le rencontrer comme impossible, en quoi c’est ce discours qui la porte à sa puissance dernière : science ais-je dit, du réel. Qu’ici me pardonnent ceux qui d’y être intéressés, ne le savent pas. Les ménagerais-je encore qu’ils l’apprendraient bientôt des évènements.

La signification, d’être grammaticale, entérine d’abord que la seconde phrase porte sur la première, à en faire son sujet sous forme d’un particulier. Elle dit : cet énoncé, puis qualifie celui-ci de l’assertif de se poser comme vrai, l’en confirmant d’être sous forme de proposition dite universelle en logique : c’est en tout cas que le dire reste oublié derrière le dit.

Mais d’antithèse, soit du même plan, en un second temps, elle en dénonce le semblant : à l’affirmer du fait que son sujet soit modal, et à le prouver de ce qu’il se module grammaticalement comme : qu’on dise.  Ce qu’elle rappelle non pas tant à la mémoire que, comme on dit : à l’existence.

La première phrase n’est donc pas de ce plan thétique de vérité que le premier temps de la seconde assure, comme d’ordinaire, au moyen de tautologie (ici deux). Ce qui est rappelé, c’est que son énonciation est moment d’existence, c’est que, située du discours, elle “ex-siste” à la vérité.

Reconnaissons ici la voie par où advient le nécessaire : en bonne logique s’entend, celle qui ordonne ses modes de procéder d’où elle accède, soit cet impossible, modique sans doute  quoique dès lors incommode, que pour qu’un dit soit vrai, encore faut-il qu’on le dise, que dire il y en ait.

En quoi la grammaire mesure déjà force et faiblesse des logiques qui s’en isolent, pour, de son subjonctif, les cliver, et s’indique en concentrer la puissance, de toutes les frayer.

Car j’y reviens une fois de plus, “il n’y a pas de métalangage” tel qu’aucune des logiques, à s’intituler de la proposition, puisse s’en faire béquille (qu’à chacune reste son imbécillité), et si l’on croit le retrouver dans ma référence, plus haut, au discours, je le réfute de ce que la phrase qui a l’air là de faire objet pour la seconde, ne s’en applique  pas moins significativement à celle-ci.

Car cette seconde, qu’on la dise reste oublié derrière ce qu’elle dit. Et ceci de façon d’autant plus frappante qu’assertive, elle sans rémission au point d’être tautologique en les preuves qu’elle avance, – à dénoncer dans la première son semblant, elle pose son propre dire comme inexistant, puisqu’en contestant celle-ci comme dit de vérité, c’est l’existence qu’elle fait répondre de son dire, ceci non pas de faire ce dire exister puisque seulement elle le dénomme, mais d’en nier la vérité – sans le dire.

À étendre ce procès, naît la formule, mienne, qu’il n’y a pas d’universelle qui ne doive se contenir d’une existence qui la nie. Tel le stéréotype que tout homme soit mortel, ne s’énonce pas de nulle part. La logique qui le date, n’est que celle d’une philosophie qui feint cette nullibiquité, ce pour faire alibi à ce que je dénomme discours du maître.

Or ce n’est pas de ce seul discours, mais de la place où font tour d’autres (d’autres discours), celle que je désigne du semblant, qu’un dire prend son sens.

Cette place n’est pas pour tous, mais elle leur ex-siste, et c’est de là que s’hommologue que tous soient mortels. Ils ne peuvent que l’être tous, parce qu’à la mort on les délègue de cette place, tous il faut bien, puisque c’est là qu’on veille à la merveille du bien de tous. Et particulièrement quand ce qui y veille y fait semblant du signifiant maître ou du savoir.

D’où la ritournelle de la logique philosophique.

Il n’y a donc pas d’universel qui ne se réduise au possible. Même la mort, puisque c’est là la pointe dont seulement elle s’articule. Si universelle qu’on la pose, elle ne reste jamais que possible.

Que la loi s’allège de s’affirmer comme formulée de nulle part, c’est-à-dire d’être sans raison, confirme encore d’où part son dire.

  • Topologie – “Qu’on dise reste oublié…” de Charley Supper
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