Venant de sociologues, du Collège de France, du Collège international de philosophie, de l’Université de Montpellier III, cinéastes, et autres…

Malaise dans la communauté : du recours à la langue dans la mise au pas des sujets

Anne Bourgain – La réinvention des classes dangereuses (diabolisation des jeunes dits de banlieue, stigmatisation de la figure de l’étranger, pénalisation de la misère, jusqu’à la récente transformation de certaines formes d’hospitalité en délit…) s’accompagne d’une volonté de domination par la langue.

Terra.rezo.net

 

 

 

Fluc tuat Necmergitur ?

Elie Bessac – Paris est un livre, la circulation est une métaphore de la lecture. Le parti pris d’étrangler le trafic, de condamner des voies, d’isoler des quartiers revient alors à censurer des mots, à couper des phrases, à arracher des pages de ce livre.

 

 

Article methodos.revues.org
L’excès de l’état par rapport à la situation dans L’être et l’événement, de A. Badiou
Pierre Cassou-NoguèsCNRS, UMR 8163, Université de Lille III
pierre.cassou-nogues@univ-lille3.fr

 

Résumé

Cet article est une discussion de l’ouvrage de A. Badiou, L’être et l’événement, autour de la question du rapport de l’état (et de l’Etat) à la situation. Nous commençons par rappeler la place que donne A. Badiou aux mathématiques dans son dispositif. Nous parcourons ensuite L’être et l’événement en prenant comme fil directeur cette question, du rapport de l’état à la situation. La dernière partie compare la position de A. Badiou à la tradition « épistémologique » en France et, en particulier, aux textes de Jean Cavaillès, dont A. Badiou se réclame à plusieurs reprises. L’originalité de A. Badiou dans cette tradition est sans doute sa rupture avec la perspective historique mais le problème, que cette confrontation pose, est de savoir s’il est en effet possible de couper les théories mathématiques de leur histoire, comme A. Badiou doit le faire.

 

 

Service civil obligatoire des jeunes (SCO) : La production de lien social par la société civile peut-elle garantir une aliénation sociale efficace ?, par Arnaud Jacquart

En utilisant la jeunesse pour une étanchéité sociale qui empêcherait toute contestation future, nos dirigeants prétendent « éduquer » la jeunesse par le travail, la soumettre à des méthodes comportementalistes et un encadrement autoritaire modernes, évitant toute confusion pédagogique avec des camps de rééducation par le travail, de sinistre mémoire. Les révoltes sont perçues innocemment comme des actes gratuits, et non comme une réaction désespérée à l’oppression socioéconomique qui sévit depuis nombre d’années et de manière toujours plus accrue. Les politiques montrent ici une dangereuse irresponsabilité en se défaisant de toute intelligence et toute intention d’intervenir sur les causes socioéconomiques, une surdité arrogante face aux populations en souffrance creusant le fossé démocratique entre le sentiment d’abandon et la loi du bâton, un aveuglement politique réprimant le droit de manifester…

 

L’essence du néoliberalisme : par Pierre Bourdieu

LE monde économique est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu’il inflige, soit de manière automatique, soit – plus exceptionnellement – par l’intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l’OCDE, et des politiques qu’ils imposent : baisse du coût de la main-d’œuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail ? Et s’il n’était, en réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l’aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ? (suite)

 

Les désarrois de l’individu-sujet : par Dany-Robert Dufour

Dans un article intitulé « L’essence du néolibéralisme », paru en mars 1998 dans Le Monde diplomatique, Pierre Bourdieu proposait de concevoir le néolibéralisme comme un programme de « destruction des structures collectives » et de promotion d’un nouvel ordre fondé sur le culte de « l’individu seul, mais libre ». Que le néolibéralisme vise à la ruine des instances collectives construites de longue date (par exemple, les syndicats, les formes politiques, mais aussi la culture), c’est très probable, et l’analyse de Pierre Bourdieu est, sur ce point, fort pénétrante. Mais il semble nécessaire de pousser la réflexion plus loin : peut-on penser que le néolibéralisme, dans son oeuvre de destruction, puisse laisser intact l’individu-sujet ? (suite)

 

L’illettrisme, frontière de nos politiques éducatives et linguistiques par Nicolas Gachon, Maître de Conférences, Université de Montpellier III.

Cette réflexion aborde la question de l’illettrisme d’un point de vue politique et dans une perspective éducative et linguistique. Parler d’illettrisme est toujours extrêmement délicat dans la mesure où le terme même semble associé à un aveu d’échec intrinsèque, suggérant d’emblée une problématique complexe et déclencheuse, presque immanquablement, de rhétoriques normatives qui, finalement, posent plus de problèmes qu’elle n’en résolvent. D’un point de vue politique, parler d’illettrisme est plus difficile encore que parler d’analphabétisme dans la mesure où c’est précisément lorsqu’il y a eu apprentissage de la lecture et de l’écriture que l’on parle d’illettrisme, lorsque ledit apprentissage n’a pu conduire à leur maîtrise ou que cette maîtrise, temporairement acquise, en a été perdue. (suite)

 

Malaise dans l’éducation, par Dany-Robert Dufour, Directeur de programme au Collège international de philosophie, Paris

La réflexion constitue-t-elle une entrave à la consommation qui exige des individus sans repères ? Déjà la télévision généralise dès l’enfance la confusion entre le réel et l’imaginaire, le moi et l’autre, la présence et l’absence. Est-ce désormais à l’école qu’il reviendrait d’achever le travail en imposant partout la forme du talk-show télévisé, de l’« inter-réaction » préférée à la réflexion et à l’instruction ? Certains éducateurs semblent en tout cas estimer que les préférences des élèves-consommateurs se valent pour peu qu’ils célèbrent chacun à sa manière le culte de la marchandise. (suite)

 

La violence de l’homogénéisation sociale, et sa conséquence : l’acculturation : par Pier Paolo Pasolini

C’est quoi, la culture d’une nation ?”, se demande Pasolini, l’air de rien, en juin 1974.

D’habitude, on croit, même chez les personnes intelligentes, que la culture d’une nation est la culture des scientifiques, des hommes politiques, des professeurs, des fins lettrés, des cinéastes, etc. Et donc qu’elle est la culture de l’intelligentsia. En fait, ce n’est pas du tout ça. Ce n’est pas non plus la culture de la classe dominante, qui, justement, à travers la lutte des classes, cherche à l’imposer au moins formellement. Ce n’est pas plus la culture de la classe dominée, c’est-à-dire la culture populaire des ouvriers et des paysans. La culture d’une nation est l’ensemble de toutes ces cultures de classes : c’est la moyenne de toutes.