L’Amour et la Mort

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Éros : ce qui unit
Thanatos : ce qui sépare.

Celui que la voie des mystère de l’amour
aura conduit jusque là,
après avoir gravi les degrés du beau ,
s’avançant désormais vers le terme de cette initiation,
discernera soudain une beauté d’une nature merveilleuse,
celle là même à quoi tendaient tous ses précédents efforts;
beauté éternelle qui ne connaît naissance ni mort,
accroissement ni diminution; beauté qui n’est point belle
en ceci, laide en cela…; beauté qui n’apparaît point
avec un visage ou des mains ou quoi que ce soit de
charnel, qui n’est pas non plus une parole
ou une connaissance, pas davantage un être distinct
vivant au ciel ou sur la terre, ou tout autre être
imaginable; mais qui reste en elle même identique
à elle même, éternellement elle même…

Platon : “Le Banquet” (Socrate et Diotime)

Pour illustrer l’illettrisme, l’approche de la notion de sexuation, montre bien que, quel que soit le biais par lequel on aborde le problème, on ne peut faire l’économie de l’évocation de la mort et plus exactement de la fonction de la mort concernant le mode de reproduction du vivant.

Pour se reproduire, le vivant n’a que deux solutions.

– soit être sexué et mortel, comme les humains qui naissent sexués virtuellement avec une sorte de devoir moral d’enregistrement de leur sexuation. On appelle ça le passage de la “mort symbolique, dont le rituel s’effectue selon les cultures par le biais du baptême, de la circoncision, de l’excision et de l’infibulation (notions qui, comme par hasard, se trouvent toutes centrées autour de la notion de coupure et de couture).

– soit être non-sexué[1] et immortel, comme l’amibe qui se reproduit par scissiparité en s’étirant, s’étirant, jusqu’à se rompre en deux morceaux (encore la coupure) lesquels se retrouvent dupliqués, les amibes d’aujourd’hui étant les mêmes que celles d’il y a mille ans (sauf assèchement du marigot où elles demeurent, bien sûr !).

 

Ce qui est sexué-oui est enregistré mortel, sous l’empire conjugué de l’ Éros et du Thanatos.

Parmi les autres, certains nombreux, nous disent souvent ce sentiment qu’ils ont de leur éternité et de leur immortalité. Ils n’ont pas peur de la mort ! (Ce ne serait pas viril !)

Dans “Le dialogue des carmélites”, Georges BERNANOS montre bien le danger qu’il y a à confondre mort imaginaire et mort symbolique avec la mort dans la réalité ou la mort réelle.

Lorsque l’Inquisition qui brûle les couvents et viole les nonnes, approche de l’abbaye, la novice avoue sa terreur de la mort à la mère supérieure et celle-ci la tance vertement en lui disant qu’elle est vouée à être l’épouse de Jésus et qu’elle blasphème en disant son effroi.

Quand elles sont traînées au bûcher, la jeune novice est sereine, toute imprégnée de Dieu et elle contemple la mère supérieure qui est à moitié folle, prête à tout même à invoquer Satan pour qu’on l’épargne.

 

Elles ne parlaient pas de la même mort !

 

Les immortels (je ne parle pas des académiciens, encore que…[2] !) n’ont comme mode d’appréhension (dans les deux sens du terme) du monde que le rapport à l’Éros.

Cela donne des sociétés comme ce que nous avons coutume d’appeler la civilisation occidentale (un de mes maîtres dit “les occidentés”) où ce qui sert de réfèrent à l’éducation passe par le crible du modèle hédoniste et pornographique de la publicité, de la télévision et des journaux.

 

L’ Éros est érigé en mode de pensée.

 

Mortel et sexué ou immortel et non sexué !

Ce qui est fou, concernant la mort, c’est que nous n’en sachions rien !

Que nous puissions continuer à faire comme si de rien n’était !

Quelque chose là me semble insensé.

N’est-ce pas un simple fait de discours? Un effet de discours ayant comme origine une inversion de la pensée tenant au fait que nous manquons à la place de notre absence. Nous occupons la place de notre absence. Comme un rappel de là où nous étions avant !

Nous sommes accoutumés devant le scandale de la mort à penser qu’elle est un avatar, une crise de la vie.

 

Et si c’était le contraire : la vie comme crise de la mort !

 

Et à y bien penser, cette immortalité, n’est ce pas un autre aspect dissimulé de la mort en creux, en négatif.

 

L’immortel ne peut pas mourir car il est déjà mort.

 

Il faut être imprégné de ce défaut de culture ou de ce manque d’érudition à la mode d’aujourd’hui pour ne pas voir dans le culte des morts de l’ancienne Egypte autre chose que la promesse d’un au delà hypothétique. Ils appelaient “mort vivant” ceux qui n’étaient pas passés par l’initiation du Temple.

 

Pour pouvoir mourir il faut être vivant !

[1] On comprendra que non sexué est fondamentalement différent d’asexué qui est un autre problème lequel n’a rien à voir avec ce qui nous occupe!

[2] Voir Roger Peyrefitte !

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