Le vide du sens

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Illettrisme et insulte

Nous avons noté ces vingt dernières années une coïncidence de l’augmentation de l’illettrisme et de la prolifération de l’usage des insultes et grossièretés dans la conversation courante et ce, la plupart du temps sans raison aucune. Nous avons noté parallèlement l’apparition de cette mode qui consiste, dans une conversation, à utiliser des gestes qui ne servent à rien ou même semblent contredire ce qui est allégué sur l’instant, au cours de la conversation.

La parole au cours d’une conversation a été séparée du sens des mots et des gestes qu’elle utilise. C’est un des aspect de ce qu’on appelle la parole vide par opposition à la parole pleine. C’est le signe de l’illettrisme et c’est une régression de la culture et de la civilisation !

La prolifération de l’usage des insultes et grossièretés dans la vie courante

Bâtard, pédé, enculé, salope, pute, va te faire foutre, ta mère la pute…

“Merde” est un peu démodé ou en tout cas a perdu de sa virulence.

Sa virulence de quoi me direz-vous !

Eh bien, nous tenons pour établi que l’insulte a une fonction qui est de tenir l’autre à distance quand il nous importune ou que simplement nous ne voulons pas être disponible pour lui, manifestant ainsi un des aspects le plus important de notre liberté : la responsabilité.

Par la responsabilité, nous acceptons de répondre de notre parole, que ce soit devant la justice ou devant la raison ou même encore devant quelqu’un de musclé qui risque lui aussi de répondre à nos insultes. Il s’agit en gros d’avoir du répondant, c’est-à-dire de la parole dont on soit responsable.

Lorsque l’on n’a plus l’usage de l’insulte à sa disposition pour tenir l’autre à distance, on n’a plus comme choix que de disparaître soi-même ou de le supprimer.

Sans compter que l’usage permanent de l’insulte pour tenir un discours ordinaire et subjuguer l’autre n’est plus que le signe de ce que l’on ne soutient pas sa parole, que l’on n’en répond pas.

C’est un problème qu’il nous faudra résoudre si nous voulons continuer à être inscrits sous les auspices de la civilisation !

 

Les gestes et paroles décrochées du sens

Il semble que cette mode (ou ce mode) de converser soit née de la tentative de personnes ayant, pour différentes raisons, du mal à saisir le sens des gestes et des mots utilisés par autrui, et qui y parent par un mimétisme de ce qu’elle voient ou croit avoir vu chez d’aucuns auxquels elles veulent s’identifier. On voit souvent cela dans le métro. Deux personnes qui généralement font un usage de la parole vide pour dire des choses qu’elles ont entendues et qu’elles répètent. Ce sont généralement des paroles sans intérêt sinon de faire à leurs propres yeux apparaître ces personnes comme si elle usaient de la parole pleine. Elles semblent pallier à ce vide de leur parole par des gestes qu’elles ont vu utiliser par d’autres sans en bien saisir le sens ou le bien fondé. Cela donne lieu à des scènes odieuses pour celui qui y assiste parce que ces péroraisons sont obscènes et exhibitionnistes et qu’implicitement, elles sous-tendent une complaisante complicité de la part de celui qui ne réagit pas en entendant ce vain discours de perroquet.

Mais surtout, c’est un usage de mots non soutenus par la responsabilité de ce qui est allégué et dont on n’est pas “responsible” au sens anglais, et cela génère une sorte d’agressivité laquelle entraîne inconsciemment chez autrui un sentiment de violence et de colère.

Nous ne parlerons pas ici, pour faire barrage à la jouissance, du rap et des rappeurs qui sont pourtant la parodie de ce que nous venons de développer ici.

Ces deux processus de décrochement du sens sont la marque de l’illettrisme. Toujours, la perte du sens, quel qu’en soit le degré, est l’emblème de l’illettrisme !

Mais ces processus sont aussi le produit de l’illettrisme.

Il sera difficile d’en sortir parce que ces deux phénomènes s’auto engendrent réciproquement !

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On a remplacé la nécessité du vide symbolique par la création d’un vide imaginaire du sens dans la réalité !

Toujours ce même mode de croire que l’on peut faire l’économie du symbolique et principalement de la castration  symbolique !

Très bizarrement, il me semble que c’est ici que l’on voit la limite du discours de la science, lequel tient pour établi que la réalité est le champ d’intervention idéal pour y inscrire tout ce qui concerne le métier d’homme !

Pourtant, on sait depuis des milliers d’années que le Réel dont dépend la Réalité, ce réel à partir duquel seulement on peut influer sur la réalité, ne peut être abordé que depuis le symbolique. C’est à cela qu’ont servi l’invention de la Trinité chez les Chrétiens et la circoncision chez les Juifs et les Musulmans après que les Chrétiens y eurent renoncé.

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