Un Autre regard sur l’illettrisme

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Compter de “un à trois” est un mouvement qui implique bien plus qu’une connaissance mathématique de base, c’est le passage d’une pensée unique (toute-puissance infantile ou innocence aux mains pleines) à une existence d’adulte où l’on peut dire que ce qui est en jeu, c’est un autre regard sur la relation entre puissance et impuissance, entre soi et l’Autre.

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Avec et pour les personnes illettrées

Depuis 15 ans, nous travaillons avec et pour les personnes illettrées. Il s’agit de personnes intelligentes, souvent précoces ou même surdouées[1], exclues du circuit scolaire et des formations qualifiantes, principalement parce que leur illettrisme les met dans l’incapacité de s’adapter à une vie de groupe.

Les conséquences de cette inadaptation sociale sont multiples : isolement et repli sur soi, errance sans fin d’une association à une autre sans pouvoir se poser, agressivité face à leur famille et face à tous ceux qui leur demandent de faire appel à la volonté ou à l’effort. Ces personnes doutent en effet avant tout de leur intelligence. Elles ont des connaissances mais ne parviennent pas à les transformer en expériences. Elles ont des capacités pour la littérature ou les sciences mais se sont mises un jour à faire des fautes à tous les mots et / ou à déchiffrer avec peine même un petit texte ou les consignes d’un exercice de maths. Toute référence à la volonté et à l’effort ne les ramène qu’à se sentir séparées du reste du monde qui leur semble dès lors fonctionner sans elles.

Ces personnes sont engluées dans l’ILLETTRISME : elles ont su apprendre, possèdent énormément de connaissances, mais elles n’y ont plus accès et elles ignorent même quelles sont leurs capacités. Notre travail ne consiste donc pas seulement à leur enseigner la physique, les maths, le français ou la littérature, mais à les accompagner dans cette séparation d’avec elles-mêmes et d’avec le monde et à les aider à transformer leur incompréhension en souvenirs et leurs souvenirs en savoirs réutilisables …

Notre longue pratique nous a montré que cette action périphérique menée par nous, a pour conséquence de les amener à se réconcilier toutes seules et rapidement avec les règles élémentaires de la vie sociale. Elles trouvent alors, par elles-mêmes, suite à ce travail que nous faisons avec elles (et en parallèle de ce travail), des formations qualifiantes ou d’autres, professionnelles.

  • Des formations qui n’ont d’ailleurs souvent rien à voir avec leur demande initiale lors de leur inscription, où elles ne faisaient qu’inscrire alors le désir des autres qui les avaient accompagnées jusque là dans une démarche souvent moralisante (assistants sociaux, éducateurs, mari…).
  • Des formations auxquelles on aurait justement pu penser, en les recevant la première fois, qu’elles ne pourraient jamais prétendre vu l’état d’hébétude et d’impuissance à assumer les rapports sociaux où elles se trouvaient alors.
  • Des formations qui les soutiennent dans des démarches administratives qu’elles peuvent enfin organiser. Elles se choisissent un métier qu’elles pratiqueront avec une rigueur toute nouvelle et des petits boulots le temps d’atteindre un objectif professionnel. Elles passent brillamment le permis de conduire ou fondent une famille, et renouent même souvent avec leur propre famille en choisissant alors presque toutes de nouveaux amis, sans que cela ne leur ait jamais même été suggéré par nous.

SIMPLEMENT, ELLES S’INVENTENT ENFIN, UNE PLACE ET DES PROJETS QUI LEUR CORRESPONDENT DANS CETTE SOCIÉTÉ.

Nous sommes forcés de constater que seul notre enseignement articulé autour d’un arrimage symbolique de la Lettre a pu les accompagner jusqu’à cette liberté nouvellement reconquise.

[1] Nous pensons que l’illettrisme, en tant que symptôme, est très proche du phénomène des surdoués.

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