Treize et trois – Texte de Jean-Michel Vappereau sur le livre : L’Œuvre claire, de Jean-Claude Milner : (Seuil, 1995)

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L’Œuvre claire de J. C. Milner, Seuil, février 1995

Loin des foules agglutinées où se forme l’opinion, le non-enseignable, tant nous sommes peu enclin à fréquenter dans le champ de Freud, échangeant seulement, à de rares occasions, une poignée de mains avec un de nos pairs, nous lui vouerons ici un hommage appuyé pour l’assise qu’il offre, avec son plus récent ouvrage, à la présentation de nos travaux. Nous insistons sur les circonstances, car nous savons cette si légère amertume, passant comme U n’ombre, traverser cette génération qui s’est gaspillée elle-même : ” Ils ne peuvent se parler ” 1. Nous rappelant le signifiant, proposé par J. C. Milner, qui condense le fait qu’il faut parler, penser, nommer, qui est un nom propre Lacan.

L’auteur nous donne sa version du classicisme lacanien (Chapitre II, III, IV), avec enfin, situé dans ce contexte, le programme des Cahiers pour l’Analyse (Chapitre III), argumenté dans ses détours, agrémenté de ses instabilités, il y en a cinq (p.117 à 120) , résolues seulement en partie par la suite. L’ensemble éclaire la période présente. Nous voulons dire aujourd’hui, en 1995, la situation du discours analytique.

 

Ce classicisme est scindé en deux, le premier et le second. Il est achevé à la fin mais il n’est pas, au dire de J. C. Milner, le dernier mot de l’œuvre de Lacan (p.171). L’auteur déclare seulement vouloir faire constater, sans se déprendre d’une position d’extériorité et d’incomplétude, qu’il y a de la pensée chez Lacan (p.8).

 

Scripta et séminaires

Dans cet ouvrage nous trouvons une appréciation sur la façon de répartir les Écrits et les séminaires de Lacan (Chapitre un). Avec la distinction majeure qui souligne que les Écrits ne s’interrompent pas en 1966 par la publication d’un premier volume aux éditions du Seuil, et que, par conséquent, Milner propose d’appeler, dans leur ensemble, les Scripta de Lacan. Nous adopterons désormais cette dénomination pour les Écrits pris dans leur ensemble, jusque en 1981.

Le rôle des séminaires serait d’assurer une protreptique 2 : ils “cherchent à saisir l’auditeur au point d’imaginaire où la conjecture du moment l’a placé ; l’ayant saisi, ils cherchent à le déloger de ce lieu naturel…” (p.23) ; la construction d’un savoir relevant des Scripta.

 

Le premier classicisme (Chapitre II et III), auquel correspond le programme des Cahiers pour l’Analyse, mais qui ne lui est pas coextensif, on peut seulement “en user comme d’un révélateur”, a pour monument majeur les Écrits (p.111).

Le second classicisme (Chapitre IV) résout quelques instabilités apparues d’abord (p.117 à 120), a pour pivot la notion de mathème (p.122). Il n’aurait pas d’équivalent, au cours des années 70, du discours de Rome (p.120), mais les Scripta postérieurs à 68 en relève (p.122).

Un dernier chapitre est consacré à la déconstruction (Chapitre V) du second classicisme, par le nœud. Milner l’intitule curieusement ainsi, prêtant par là à un catéchisme, pour conclure à ce qui était annoncé depuis le début de toute œuvre matérialiste, ” l’œuvre de Lacan est inachevée ” (p.171).

L’incomplétude propre aux œuvres matérialistes, du début de cet essai, est devenu inachèvement. Or les deux termes de complétude et d’achèvement ne sont pas synonymes si nous suivons leur emplois en topologie générale 3

1 J. C. Milner Les noms indistincts, Seuil, Paris 1983.

2 “protreptique négative : inciter le sujet à s’arracher à la doxa en le gourmandant.” (p.31) que Lacan partageait avec les cyniques, les représentants du non‑sens dans Lewis Carroll et Groucho Marx.

3 Ces deux termes peuvent prêter à confusion, mais se distinguent dans ce domaine, puisqu’il faut la condition euclidienne, l’existence d’une mesure, pour qu’un espace compact (espace achevé) soit qualifié d’espace complet. La question d’un espace mesurable, euclidien, ou non mesurable est à la racine de la question de la science classique ou moderne et du recourt ou non à la topologie. Sur l’achèvement comme compactification d’un espace totalement compacte il faut se reporter à Desargues, souvent cité par Lacan, pour se saisir de notion chez un précurseur.

 

  1. C. Milner nous propose un trajet qui partant de l’équation des sujets (p.33), la praxis de la psychanalyse “n’implique d’autre sujet que celui de la science. ” (Écrits p.863), passe par le discriminant de K. Popper “une proposition de la science doit être réfutable” (p.61) et le programme des Cahiers pour l’analyse, il se proposer de convertir en synonymie l’analogie “entre propriétés transcendantales de l’objet quelconque et propriétés minimales du système quelconque.”, nous conduit au problème de Wittgenstein, il y a “antinomie entre dire et montrer” (p.168) que la science ne peut pas surmonter.

Ce trajet laisse le sujet qui le suit devant la structure qui le cause, sa refente aliénante (p.168) sans l’issue de trouver la formule mathématique de la séparation résolutoire. II conclu au caractère inachevé de l’œuvre, confondant ce trait avec l’incomplétude.

Nous voulons montrer, en restant dans les cordes que l’auteur s’est imposé, où la bifurcation a été manquée sans rien retirer des excellentes analyses locales menées à cette occasion.

 

1 Lacan et la science

Il est deux données de départ à bien marquer et à retenir.

La première traite du sujet. Concernant Freud, la distinction a faire entre Idéal de science et Science idéale. Lacan, sur le point de l’Idéal de la science pour la psychanalyse, n’y croit pas (p.36). Le concernant, il faut déployer une argumentation très précise.

Elle commence, de la seule façon correcte, si l’on suit Lacan de manière effective, d’approcher le lien de la psychanalyse et de la science. Il faut partir de l’équation des sujets, dont nous trouvons de multiples formulations dans les Scripta.

Milner choisit (p.33) dans La Science et la Vérité (Écrits p.858) celle qui dit que “le sujet sur quoi nous opérons en psychanalyse ne peut être que le sujet de la science”. Ce choix, pour paraître très net, n’est pas sans conséquences à cause de l’équivoque introduite par l’expression “sur quoi nous opérons” en particulier le terme “sur” comme il le reconnaît lui‑même à la fin (p.143).

 

La seconde traitant de la science. La question de l’historicisme du doctrinal de science au détriment de la structure est posée à partir des propositions sur la science qui assertent l’existence d’une coupure majeure (Koyré, l’historien) tenant au christianisme (Kojève) entre épistémè antique et science moderne (p.38).

 

En effet le raisonnement est clair. Si l’un des membres de l’équation des sujets est le sujet de la science, une doctrine de la science est requise. La figure de Koyré domine la théorie de la science pour Lacan. Mais Koyré imprime, avec ses théorèmes et les discriminants qui s’en déduisent, un style historisant à cette doctrine de la science. Ainsi Milner établit une tension judicieuse entre histoire et structure.

 

On peut déduire deux discriminants de Koyré, Milner s’attache plus précisément au premier alors que le second, portant sur l’instrumentation dépendante du discours, a pour nous une grande importance structurale.

” Le premier s’énonce:

‘est galiléenne un science qui combine deux traits : l’empiricité et la mathématisation.’

Ce premier discriminant, il est vrai, pourrait s’interpréter en termes non historiques ; il suffit pour cela qu’une interprétation générale soit donnée du terme ’empiricité’ et qu’on réponde à la question: ‘à quoi reconnaît-on qu’une proposition est empirique ?’ (p.43)

Pour être plus précis, il faut réponde à la question: ‘à quoi reconnaît-on qu’une proposition empirique est scientifique ?’.

 

Or l’histoire dans ce domaine apporte peu, elle ne fait que réitérer la question sous une autre forme (p.57). D’où nous pouvons conclure avec l’auteur.

“Il ne faut pas se laisser prendre trop au Lacan des mises en relation massives; c’est un Lacan de la conversation savante et de la protreptique, mais ce n’est pas un Lacan du savoir” (p.57). C’est ici qu’intervient la distinction qui a été faite entre les Scripta de Lacan et ses séminaires. La théorie de Lacan des quatre discours confirme cette lecture.

“II convient donc d’énoncer plus explicitement les traits structuraux et intrinsèques de la science galiléenne…” (p.60)

 

Milner avait maintenue cette tension jusqu’au bout dans sa conférence donnée lors du colloque consacré à l’œuvre de Lacan, organisé par le Collège International de Philosophie. La conférence été intitulée “Lacan et la science”. Cette Œuvre claire, moins stérile que le croit son auteur 4, est le développement que l’on pouvait en attendre. Il construisait, alors, un Lacan néokantien, auquel quiconque a adhéré, adhère encore aujourd’hui, pour déclarer à la fin cette “présentation séduisante, utile peut-être, mais tout à fait fausse” 5.

Ici cette tension se résout par la pièce majeure, K. Popper, de la doctrine de la science moderne, que Milner s’est forgé, à d’autres fins 6. Elle est conçue en vue d’introduire à une science du langage après que la linguistique de Chomsky ait supplanté la linguistique structurale. La psychanalyse profite donc ici des éléments recueillis après une analyse très fine.

En faisant intervenir le discriminant de Popper, qui énonce explicitement à quel titre une proposition empirique relève de la science, il va jusqu’à identifier Koyré et Popper sous l’aspect de la contingence.

 

“le discriminant de Koyré et le discriminant de Popper sont synonymes, à condition qu’on les saisisse du point de la contingence.” (p.61)

 

Mais Lacan parle peu de K. Popper, et pour cause, ce professeur de philosophie croit, comme Austin, le précurseur de la philosophie analytique d’Oxford, à la théorie de la correspondance touchant à la structure de la vérité. Alors si l’on veut bien “s’en tenir à ce que Lacan pouvait explicitement penser.”, Milner propose (p.62) d’en appeler à Mallarmé, son coup de dés étant, à jamais, porteur d’un impossible.

Or dans ces conditions, pour voir “que l’impossible ne se disjoint pas de la contingence” il faudrait “qu’on ne cessât pas de passer de l’antérieur à l’ultérieur. Or, c’est ce qui ne se peut, car il faudrait aussi ne pas cesser de remonter de l’ultérieur à l’antérieur.” (p.63) C’est précisément de cela dont il s’agit si l’on considère la causalité psychique, l’acte mental dans l’œuvre de Lacan, l’événement psychique chez Freud 7, en terme de refoulement et de déni. Et J. C. Milner d’ajouter à juste titre “La science en tout cas ne permet pas cela.” (p.63). Le discours analytique n’est pas le discours de la science.

Nous concluons avec J. C. Milner à la suture ou à la forclusion du sujet, dans ce que Lacan appelle la subjectivité scientifique “celle que le savant a l’œuvre dans la science partage avec l’homme de la civilisation qui la supporte” (Écrits p.576). Mais pour souligner que c’est précisément cette position du sujet qui a été éludée (p.126) de son analyse du sujet de la science et qui fait retour (p.139, 142 et 164) dans la seconde moitié de son parcours.

 

Marquons ce carrefour d’un indexe absolu, un mathème, afin d’étayer ce que nous appellerons “le coût de la lettre” qui implique une logique à deux temps. Une note (p.63,

 

4 Nous devons à M.M. Chatel de nous avoir fait remarqué que ce titre rappelle l’œuf clair.

5 J. C. Milner “Lacan et la science moderne ” dans Lacan avec les philosophes p.333, Albin Michel, Paris 1990.

6 J. C. Milner Introduction à une science du langage, Seuil, Paris 1989. Dans cet ouvrage la question est posée par le linguiste (ISL p261) du fondement de la prohibition de l’inceste afin d’éclairer la nature du langage. Seule la sexuation au sens freudien peut rendre raison de ce fondement par sa mathématique. II s’agit de commenter le formidable énoncé de Lacan “La mère reste interdite.” à la fin de Kant avec Sade, pour préciser ce que nous appelons la castration dans son principe et son lien à la prohibition.

7 A. Badiou L’être et l’évènement Seuil, 19 Paris. La rencontre des termes n’est pas anodine lorsque nous suivons Lacan qui traite de la lettre et l’évènement.

n.26), invite le lecteur à vérifier que la formule de Lacan n’est que la littéralisation de cette logique (n.26, p.75).

 

S1(S1(S1(S1 –> S2)))

 

Cette expression littérale écrit selon nous le ravinement du signifiée par le ruissellement de la lettre lors de la rupture du semblants 8 dont parle Lacan. Elle en litté-rature, d’une chaîne signifiante, le registre du signifié.

 

Dans le classicisme lacanien 1a tension entre histoire et structure reviendra comme exclusion mutuelle entre le discriminant de Popper d’une part et La référence à l’epistémé antique au titre du bourbakisme manifesté par le galiléisme étendu à des objets sans qualité certes mais indépendants de la quantité, disons les non-mesurables, d’autre part.

Nous tenons que cette impossibilité pour la science expérimentale au sens de ce logicien à traiter de l’articulation 9 du temps précédent avec la structure quelconque et la différence pure, magnifiquement présentés ici dans le chapitre III, est une conséquence du pacte qui la lie à la logique canonique classique à l’exclusion du sujet. C’est la question difficile de la nécessité démontrée par Tarski du métalangage.

Cette référence nécessaire à Milner pour situer correctement Chomsky est particulièrement induite dans son appréciation de Lacan par la formulation de l’équation des sujets qu’il a choisit dans les Scripta.

Il faut ajouter à cette analyse le supplément qu’elle nécessite, comme son envers, et la structure qu’ils impliquent.

Cette structure est bien typifiée par l’objet quelconque et la différence pure. Nous la noterons d’un indexe littérale (p.100, n.14) qui définit la Chaîne signifiante, commenter ici aussi en note (p.106, n. 19). Elle en littérature le registre du signifiant.

 

Sl –> S2

 

Pour en revenir au doctrinal de science et en rester là pour l’instant, constatons que Milner piétine avec Popper, à propos du couple fin/infini qui se résout si bien avec Desargues. Cela est fait chez les astrophysiciens depuis un siècle grâce à Poincaré. Notons par contre, au passage, que l’excellente définition, non-triviale, que donne Milner de la topologie avec le couple interne / externe (p.65) et le remarquable commentaire de la négation qu’il propose à cet endroit (p.66), nous montre, si cela été encore nécessaire, que ce lecteur des grands textes de la psychanalyse parcours effectivement le bord interne qui sépare le champs de Freud. Par contre sa présentation de la mort et de la sexualité reste en dehors de ce champ. C’est le passage le plus faible de l’ouvrage. Pas un mot du complexe de castration…

 

La topologie du sujet

 

Il faut dire ici ce que nous entendons, avec Lacan, par topologie. Ce n’est pas simplement un discours traitant du lieu (topos) sur la base de la continuité. C’est un discours qui rend compte de l’articulation du langage (logos, la synchronie que l’on appelle aussi structure) et du lieu (topos, la diachronie que l’on appelle aussi histoire) sur la base du couple différentiel dernier discontinu / continu. Où le lien entre structure et histoire se trouve par conséquent interrogé de façon éminente.

 

Il s’y découvre la fonction principale de la dimension (invariant topologique par excellence) grâce à quoi prend sa fonction le couple intrinsèque / extrinsèque. Voilà pour les chaînons qui conduisent à la définition, fort juste, de la topologie donnée par Milner.

8 J.Lacan “Lituraterre” Littérature. Il s’agit d’un des Scripta. Nous faisons partir de la rupture de l’Essaim signifiant notre construction de la structure topologique de la psychanalyse dans notre premier fascicule de résultat. J. M. Vappereau Essaim T.E.E. et Point Hors Ligne, Paris 1985.

9 II est incorrecte d’écrire “Chez Lacan les strates n’existent pas.” (p.102) sous prétexte que chez Lacan, contrairement aux autres structuralistes qui s’y perdent, pour rendre compte des registres multiples deux registres suffisent. Il y a pour Lacan comme pour Freud, ce que Jung ne comprenait pas, deux libidos nécessairement distinctes mais c’est peut être la même. Nous accorderons qu’il faut alors se donner les moyens d’une logique spécifique pour traiter en raison de cette question commune mais non triviale.

 

Nous ne ferons que rappeler ici les deux constructions dont la nécessité s’impose dans cette topologie. Il faut repartir du séminaire sur “La lettre volée” mis en tête des Écrits. Il bouleverse leur ordre chronologique, en vu de lire les Scripta au dire de Lacan lui-même. En logique, une modification de la logique canonique classique en une topologie 10 afin de définir la semblance de la phase phallique, de la vérité et de l’identité même du sujet, ainsi que son envers sous l’aspect de la castration… pour pratiquer les formules de la sexuation dans leur effectivité. Seul moyen de tenir des propos cohérents et raisonnés sur ces deux qui font un (p.143).

En topologie proprement dite, la présentation 11 des trois étapes successives de l’élaboration par Lacan de la fermeture du schéma de Freud en termes de variétés topologiques.

Sur leur face externe, ces résultats ne nous sortent pas des coordonnées où se place Milner, si ils en éclairent les impasses. Ils ouvrent, sur l’autre face, avec le mathème à la question de la lettre et de l’objet a.

 

Nous orthographions cette fermeture temporelle, afin de rendre compte du nouage de l’ultérieur avec l’antérieur, si bien pointé comme problème majeur, révolution anthropologique dit-il, par B. Ogilvie dans sa lecture l2 pourtant historisante des écrits pré analytiques du médecin psychiatre Lacan. Donnant ainsi à l’algorithme de Lacan de la barre Saussurienne, initialement traité en terme de point de capiton

 

 

S

__

s

 

sa formule développée dans l’ensemble des Scripta. .

 

Pour indiquer ce que nous faisons dans cette topologie nous articulerons les indexes que nous avons pointés jusqu’ici, en reprenant à F. Regnault le “diagramme latin” scolastique13 qu’il tient de saint Thomas.

 

La topologie de Lacan traite de cette structure, ou l’on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de strates, mais où l’on ne peut pas dire qu’il y a des states. Cette structure a été lue par quelques uns, Lacan cite Derrida comme ayant aperçu la lettre comme précipité de signifiant (Séminaire Le sinthome). Depuis nous la retrouvons esquissée par A. Badiou

10 J. M. Vappereau “L’amour du tout aujourd’hui” dans Césure n° 3 revue de la convention psychanalytique.

11 J. M.Vappereau “Rupture du signifiant et précipitation de petites lettres” dans Cahiers de lectures freudiennes, Lysimaque, n°19, juillet 1991, pp231-241. On peut se reporter aussi à notre série de Fascicules de résultats de topologie en extension et à nos lectures, Lus. lecture 1, (le pliage du schéma de Freud), T.E.E. Paris 1995 (à paraître cette année si il se trouve un éditeur)

12 B. Ogilvie Lacan et la question du sujet P.U.F. 19 Paris.

13 F. Regnault Dieu est inconscient p.74 Navarin 1985 Paris

lorsqu’il traite de l’évènement en terme de procédure de vérité, certes à des fins ontologiques qui refoulent celles du discours analytique 14.

 

L’ironie de cette histoire est à noter si l’on constate que nous tenons des Cahiers pour l’analyse, nommément leur premier numéro, la notion que l’on peut se faire du sujet de la science si nous voulons suivre Lacan au travers de ses énoncés. II suffit pour cela de se reporter à l’essaie de G. Canguilhem 15 qui explicite ce qu’est la psychologie. Spécialement au moment où il en traite comme science de la subjectivité.

Il faut tirer les conséquences de la responsabilité des physiciens mécanistes dans la détermination du sujet de la science. Le sujet de l’expérience se trouve engagé par le déchet qualitatif et la falsification du réel qu’il provoque. L’erreur engage la responsabilité de l’esprit “en tant qu’il ne s’identifie pas avec la raison mathématicienne et mécanicienne, instrument de la vérité et mesure de la réalité.”

Ce n’est pas parce que ni les rats dans le labyrinthe ni le chien du réflexe conditionné interrogent le désir de Skinner où de Pavlov, que le désir de l’expérimentateur et le sujet de ce désir n’existent pas, comme l’interroge Oppenheimer l6.

Dans le transfert, l’analysant tient beaucoup plus du savant qu’on ne le croit d’ordinaire chez les érudits et chez les prétendus cliniciens. C’est une des faces du sujet supposé savoir. Or cette question n’est pas absente si elle est écartée de sa place dans l’ouvrage majeur de Popper 17.

 

Si son propos reste de s’opposer à la logique inductive (LDS p.24), c’est à dire à la transcendance, soit la métaphysique (apriorisme) et qu’il tient à préciser qu’il ne traite pas de la mathématique et de la logique déductive dont il se sert. Il signal très bien la question du sujet de la science comme extérieur à son domaine d’investigation, en rangeant cette question dans la psychologie (LDS p.27). Il est alors fait état de l’amour intellectuel (Einfühlung) du savant en citant Einstein (LDS p.28). Nous parlerons à la différence de K. Popper de l’amour intellectuel de l’objet de la recherche que souligne aussi Tarski à la fin de son second grand article sur la vérité. Cette question renvoie à ce qu’avance Spinoza de l’amour intellectuel, il est évoqué par Lacan à la fin du séminaire XI par opposition à Kant, c’est à dire à Sade. On ne peut pas dire que Lacan n’a pas fait un écrit du séminaire consacré à l’éthique, il a donné Kant avec Sade qui n’est pas encore lu, du fait de la difficile question du surmoi 18.

Que la psychanalyse aille jusqu’à toucher à la logique et aux mathématiques, en tant que ces disciplines montrent qu’il existe une manière, un style, d’être dupe efficace quant au réel, voilà ce que quiconque préfère ranger dans le registre de l’irrationalité (LDS p.28).

Mais si nous touchons à la logique il faut changer d’interlocuteur. Ce n’est plus avec Popper mais avec Quine, l’isolationniste, qu’il faut débattre.

 

Avec ce supplément de la topologie du sujet, vont se trouver modifiés et retournés au profit de la doctrine de la différence pure et du galiléisme étendu en acte : la tentative d’interprétation transcendantale l9 du sujet par le programme des Cahiers pour l’analyse,

14 A. Badiou L’être et l’événement Seuil 19 Paris. Conditions Seuil 19 Paris. L’Éthique Hatier 1993 Paris. Le champ freudien est structuré par une indiscernabilité indécidable, ce dont on peu faire la mathématique. C’est juste un peu différent de la théorie standard des ensembles. Ajoutons que pour Lacan les savants sont les otages d’un pacte (Acte de fondation et note adjointe) qui empêche comme cela se vérifie que la psychanalyse soit soumise à un débat conséquent en dehors de son champ. Quel est ce pacte ?


15 Cité avec admiration par Lacan (Écrits p.859) G. Canguilhem “Qu’est-ce que la psychologie?” dans Études d’histoire et de philosophie des sciences – Vrin, Paris 1970. La question de sujet cartésien revêt une grande importance pour Canguilhem dans la mesure de la contre interprétation qui en est fait depuis par les néocartésiens. Voir à ce sujet l’extrait du discours de Sténon en 1665 cité par Canguilhem en appendice de La connaissance de la vie, Vrin, 1980 Paris.

16 Oppenheimer La science et le bon sens. Gallimard, 19 Paris

17 K. Popper La logique de la découverte scientifique Payot, 1973 Paris. Notons la LDS.

18 J. M. Vappereau “Le surmoi” dans l’Encyclopédie Universalis.
19 II faut lire la très bonne présentation du problème transcendantal (p.107 à109), c’est la question du nom propre chez Husserl. Il se trouve que Frege le corrige matériellement sur ce point avec sa pétition extentionnelle. La doctrine de la lettre prise dans notre topologie donne la solution qui ne se conçoit pas, ne s’écrit pas sans elle. Il s’agit bien du fondement d’éléments synthétiques à priori sans recourir à aucune transcendance.

déjà invalidé selon son auteur du fait du second classicisme, et trois parmi les cinq instabilités du premier classicisme. 1. Le fait, due à l’historicisme, que la théorie de la coupure et la théorie du sujet ne se répondent pas. 2. Le paradoxe selon lequel la lecture historisante est justement induite par le structuralisme. 3. La question de l’évolution de la linguistique et le fait qu’il n’y a rien à en attendre désormais, avec Chomsky 20, pour la psychanalyse.

Comme le second classicisme résout aussi avec l’hyperbourbakisme 21 l’instabilité due à la notion de mathématisation. Il ne reste, dans la perspective de l’extension du galiléisme grâce à la topologie qu’une question véritablement cruciale dans l’œuvre de Lacan. Les insuffisances de précision qui marque la notion de lettre. Mais nous aurons alors les moyens de l’affronter avec quelques chances de succès, sans en rester au gesticulation de secte qui se font reconnaître par un label, fusse le nœud borroméen.

C’est précisément ce que nous proposons de mettre sur le métier, ce que nous avons commencé à faire depuis quelques mois, dans notre École.(voir le programme de la matinée précédant l’assemblée générale).

 

II nous faut reprendre les choses par le début, repartir de l’équation des sujets, sans rien rejeter des précisions apportées par Milner, répondre aux questions qu’il formule, sans pour autant adopter ses conclusions. Nous tiendrons les coordonnées qu’il s’est fixé, d’incomplétude et de non exhaustivité, sans jouer par goujaterie de la carte forcée de la clinique, puisque cette approche réduite prétend pouvoir conclure sur le point de l’achèvement de l’œuvre.

Elle tient en effet aussi bien, à condition qu’on lui ajoute le supplément qui y fait défaut dans la détermination du sujet de la science lorsqu’il s’adresse à la psychanalyse, pour déterminer la situation de ce que Lacan désigne comme la chartes de la structure, se référant à Newton (Radiophonie) ou la fonction littorale de la lettre (lituraterre), quant au réel en jeu dans le discours de l’analyse et établir en quoi il est fondé.

20 JC Milner Ordre et raison de la langue, Seuil, Paris 19 . Spécialement

21 Lacan pousse un peu avec ses excès que Milner sténographie par les grammes : étendu et hyper. “Il abuse des termes” disent, par une prudence dommageable pour les autres, les gentils lacaniens. Personne ne les oblige à cette méchanceté qui consiste à revendiquer un tel maître, s’il est si gênant. Il n’est gênant que pour ceux qui ne se donnent pas les moyens de la raison de leur professeur

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