L’être séparé

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Le vide est nécessaire préalablement à ce qu’on puisse, par opposition, distinguer la trace. Je veux parler principalement de la trace de ce monde virtuel dont nous sommes séparés par le langage, mais aussi de la trace de notre « être » dont, si bizarrement, nous sommes également séparés.

Aussi, pour les petites lettres de l’alphabet, celles qui composent un texte, leur seule présence indique bien la nécessité préalable du vide, de la feuille vierge, par rapport au plein.

Le Vide est premier.

Le vide est aussi premier que le Mal est la seule voie pour aborder au Bien, contrairement à ce que prétendent les « Bien-pensants », adorateurs mous de la belle âme.

Ainsi, il faut bien considérer à chaque instant le vide comme un appel au plein (on le voit bien chez les tatoués et les personnes alcooliques et de manière générale chez toute personne souffrant d’addiction). Le vide est comme un plein virtuel.

La trace, la lettre est alors « scandale dans la pureté du non-être[1] ». De même la vie peut apparaître comme une crise de la mort et pourtant c’est le contraire que nous ressentons généralement.

Le fait de choisir une des options entre le vide et le plein signifie être séparé de l’autre et vice-versa. Quelle que soit l’option choisie, nous sommes séparés. Dans un magasin « Tout à un euro », si vous avez cette somme, vous pouvez tout acheter, mais dés que vous réalisez votre choix, vous êtes séparé de tous les autres objets.

La pensée sphérique est celle dont nous subsistons depuis le moyen âge et l’invention de la sphère céleste. « Le monde est rond » comme disait Gertrude Stein. Nous pensons tout sous forme de sac expansible en sphère. On en a la démonstration surannée avec le terrorisme de la « Planète Globale » dont on nous rebat les oreilles.

L’Humain, qui n’a pas encore accès à la pensée torique[2], saisit le milieu où il baigne sous l’aspect du « Quart-de-tourisme », c’est-à-dire le quart de tour. Ainsi, la croix du Christ chez les Chrétiens.

Le quart-de-tourisme[3] force l’humain à assumer en permanence pour appréhender le monde, le choix entre deux zones d’étoffage de son discours ou de sa pensée sphérique.

 

 

 

Le fait de prendre le vide comme un étoffage possible, signifie que là où il n’y a rien, ce « rien » est aussi important en tant que substance, que là où il y a quelque chose.

 

La personne illettrée veut être comblée et refuse l’existence d’un vide initial qu’elle refoule. Comme tout ce qui dans l’inconscient est refoulé, ce vide revient le Réel et contamine les zones pleines du texte, les petites lettres de l’alphabet ainsi que la Lettre (avec un grand « L ») qui représente le sens. Ces petites lettres et la Lettre deviennent alors lettres mortes, contaminées par le vide de sens, mais cette fonction de « lettre morte » touche également l’« être » de ces personnes qui devient « l’être mort ».

 

Réapprendre à écrire ne servira à rien. Le seul chemin possible est de leur faire aborder un univers de discours trinaire par l’introduction de la métaphore et de l’ambiguïté du sens.

 

Binaire

 

c

trace pas de trace

 

trace

pas de trace

 

Trinitaire

 

c

 

 

trace pas de trace trace de pas

c

 

trace

pas de trace

trace de pas

 

Où l’on voit que du plein utile peut être crée seulement à partir de la négation additionnée d’ambiguïté de sens.

 

[1] Formule de Lacan

[2] Pensée torique qui prend en compte le faux trou du tore, lequel n’a un trou que si on le considère au plan extrinsèque, mais qui intrinsèquement n’a pas de rupture de surface, donc pas de trou.

[3] Une ironie envers ceux qui, trois mois de l’année, vont à la recherche de l’aventure sans risque et appellent ça « vacances », c’est-à-dire : vide.

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