Le Français Langue Étrangère (FLE) : Historique d’une discipline

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FLE, illettrisme, alphabétisation :

 

Petite mise au point sur les définitions

Les connaisseurs m’en voudront peut-être de revenir sur des définitions et pourtant…

A qui me demande ma profession, je déclare « enseignante de FLE » (prononcer « fleu » et comprendre : Français Langue Étrangère). Et là, les moues dubitatives ne se font pas attendre sur le visage de mes interlocuteurs interloqués. « Vous dîtes ? de fffllll…, de fllleu ? C’est-à-dire que vous enseignez aux illettrés, c’est bien cela ? ». Le terme illettrés étant d’ailleurs souvent utilisé fautivement pour analphabètes. J’imagine alors apprendre à mes étudiants, souvent les élites de leur nation, qu’ils sont catégorisés illettrés

Soyons clair une fois pour toutes : le FLE, c’est le français comme langue d’enseignement à des étrangers. Cet enseignement pouvant se faire en France (au sein d’écoles privées, d’instituts universitaires, à l’université) ou à l’étranger (à l’université et dans les alliances françaises essentiellement).

Revenons rapidement sur la mise en place du FLE comme discipline :

L’enseignement du français langue étrangère existe sous une forme systématique et réfléchie depuis longtemps puisque l’Alliance française a été créée en 1883. Elle a alors pour but de contrecarrer les missions religieuses très actives depuis des siècles pour diffuser la langue française. La force de l’Alliance française tient à son statut : un contrat local toujours, l’Alliance étant juridiquement de la nationalité du pays qui l’accueille. Son action est coordonnée depuis Paris, aidée par Paris, mais ne lui rend pas de comptes. Longtemps langue de la diplomatie, langue des Lumières, l’enseignement du français visait essentiellement une élite étrangère qui cherchait à se distinguer ; le français est alors langue de classement social. A partir des années quarante, la diffusion du FLE augmente même si l’expression FLE n’existe pas encore. De Gaulle, à son retour en France,  souhaite la mise en place d’un réseau mondial susceptible d’implanter partout la langue et la culture nationale. C’est la direction générale des Affaires culturelles (rattachée au ministère des Affaires étrangères) qui est chargée d’assurer cette diffusion.

En 1960 s’opère un tournant avec la création du CREDIF : Centre de recherche et d’études pour la diffusion du français, il est rattaché à l’École normale supérieure de Saint-Cloud. Ces membres élaborent un matériel pédagogique nouveau et conçoivent des méthodes révolutionnaires[1]. A la même époque naît le BELC, bureau d’études pour la langue et la civilisation française à l’étranger, lequel relève de l’enseignement secondaire et des Affaires étrangères. Ces objectifs sont proches de ceux du CREDIF. Toujours dans les années soixante, est créé ce qui demeure aujourd’hui encore l’objet de légitimation de la discipline : la revue le français dans le monde[2], revue spécialisée qui ne traite que de l’enseignement du FLE. Lien précieux entre les enseignants qui exercent sur toute la planète et Paris qui administre le champ disciplinaire et effectue des recherches. Parallèlement à ces évolutions, les éditeurs s’emparent de la discipline et contribuent à sa diffusion.

Face à cette expansion de la discipline, il faut former des enseignants. Ce sera d’abord le BELC (ainsi que le CREDIF par la suite) qui se chargera de la formation des enseignants, formation principalement réservée aux titulaires de l’Éducation nationale.

En 1981, lorsque la gauche arrive au pouvoir, la situation du FLE en France est toujours dominée par le BELC et le CREDIF. Plusieurs universités avaient cependant  crée des diplômes de FLE depuis longtemps (dès les années vingt pour Paris 3), mais, rattachés le plus souvent aux département de linguistique, ces diplômes n’ont aucune reconnaissance nationale. A la rentrée universitaire 1983, grâce à l’action conjointe d’ Alain Savary, ministre de l’Éducation nationale, et d’une commission de spécialistes, de nouveaux diplômes nationaux se mettent en place dans une trentaine d’universités françaises : licence mention FLE, maîtrise FLE, DEA didactique du FLE. Ces diplômes spécifiques, qui forment des enseignants de FLE, légitiment encore un peu plus la discipline. Dès le début, le succès auprès des étudiants a été considérable. Le BELC et le CREDIF, qui ont alors perdu une situation de quasi monopole, se sont reconvertis dans la formation continue. La même commission propose à Alain Savary de créer un diplôme spécialement pour les étrangers, attestant de la compétence en français et qui serait le seul diplôme de français langue étrangère reconnu par l’État. C’est ainsi qu’en 1985, le décret créant le DELF (diplôme d’études en langue française) et le DALF (diplôme approfondi de langue française) est signé par Jean-Pierre Chevènement, lequel a remplacé entre temps Alain Savary. Dans la compétition entre les langues, le FLE peut depuis défendre ses chances.

 

Aujourd’hui, le FLE, c’est 1200 alliances françaises,  plus de 250 000 enseignants à travers le monde et plus de un million d’apprenants adultes par an !

 

Maintenant que l’on sait « tout » du FLE, arrêtons nous sur quelques définitions.

Concernant  l’illettrisme, l’illettré  est celui qui a appris à lire et à écrire et qui en a par la suite perdu la pratique.

On devient donc illettré, alors que l’on est analphabète ; L’analphabète (étymologiquement « sans lettres ») étant celui qui n’a pas été mis en contact avec l’écrit.

L’enseignant de FLE peut se trouver confronté à un public illettré ou analphabète. Il est alors souhaitable qu’il ait reçu une formation adaptée à ce type d’apprenants. Mais ce n’est pas toujours le cas, les cursus traditionnels de FLE ne proposent que très rarement un cours de didactique de l’enseignement de l’écrit pour ces publics.

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Pour approfondir sur le FLE, on pourra lire l’ouvrage suivant :

Louis Porcher : Le français langue étrangère, Hachette éducation. Ouvrage clair et synthétique.

Sur l’illettrisme :

La thèse polémique de B. Lahire : l’Invention de l’illettrisme, La Découverte.

  1. Johannot: Illettrisme et rapport à l’écrit, PUG.
  2. Bentolila: De l’illettrisme en général et de l’école en particulier, Plon.

[1] Méthodes sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain article

[2] Revue éditée par Clé international. Voir aussi le site www.fdlm.org

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