(Extrait du
site :
http://julien.dutant.free.fr)
Rappel :
Le concept est la dénotation (Bedeutung)
d’un prédicat ou, pour utiliser
une terminologie plus précise, une
expression de concept (Begriffswort).
La dénotation d’un nom propre (Eigenname)
est un objet. Le terme « nom
propre » doit être entendu au sens
large ; une description définie
(c’est-à-dire un terme singulier
du type « Le maître d’Aristote »)
est un nom propre qui désigne un
objet. (Frege rejetterait donc la
théorie russellienne des
descriptions.)
Le
concept est une entité incomplète,
qui contient une place vide, alors
que l’objet est une entité
complète, fermée sur elle-même. De
même, sur le plan linguistique, le
prédicat, ou l’expression de
concept, est une entité incomplète
ou insaturée, alors que le nom
propre est une entité complète ou
saturée. Dans l’ontologie
frégéenne, il y a une distinction
absolue entre les entités
incomplètes (dont les concepts) et
les objets (dont les deux valeurs
de vérité, le Vrai et le Faux, que
Frege considère comme des objets ;
une phrase vraie ou fausse est
donc assimilée à un nom propre
complexe).
Le
concept est une fonction dont
l’argument est n’importe quel
objet et la valeur une valeur de
vérité. Toute fonction n’est pas
forcément un concept. Par exemple,
la fonction dénotée par
l’expression de fonction « La
capitale de x » n’est pas
un concept, puisque sa valeur
n’est pas une valeur de vérité.
(Par exemple, la valeur de cette
fonction est Berlin lorsque
l’argument est l’Allemagne.)
Introduction :
Frege
affirme qu’il prend le terme
« concept » dans son sens logique,
et non psychologique.
Contrairement à ce qu’affirme
Kerry, la distinction entre
concept et objet est une
distinction absolue : ce
qui est un objet ne peut pas être
un concept (même sous un autre
point de vue), et vice-versa.
Deux
sens du verbe « être ». (1) Sens
copulatif : en ce sens, la copule
n’est pas un élément logique
séparé, mais elle appartient au
prédicat. (2) Sens de l’identité :
en ce sens, le verbe « être » est
une expression de relation (un
prédicat à deux places, ou
dyadique). Il peut aussi
participer à la constitution d’un
prédicat monadique complexe, tel
que « x est identique à
Vénus ».
Examen
du contre-exemple de Kerry : dans
la phrase « Le concept ‘cheval’
est un concept que l’on acquiert
aisément », il semble que l’on
fasse référence à un concept.
Frege affirme pourtant que le
langage ordinaire nous égare :
l’expression « le concept
‘cheval’ » est un nom propre, et
donc désigne un objet, et
non pas un concept. D’où le fameux
paradoxe frégéen : le concept
‘cheval’ n’est pas un concept
alors que la ville de Berlin est
une ville, et que le volcan Vésuve
est un volcan. (Dans une note,
Frege avance une thèse analogue en
ce qui concerne les prédicats.)
Un
concept ne peut pas être la
dénotation d’un nom propre. Si
nous tentons de faire référence à
un concept, nous ne pouvons
aboutir qu’à désigner un objet qui,
selon Frege, tient lieu (vertretet)
du concept, et qu’il appelle (ailleurs)
son « parcours de valeurs de
vérité ». On peut considérer le
parcours de valeurs de vérité d’un
concept comme correspondant à peu
près à son extension au sens
classique (la classe des objets
qui tombent sous le concept), et
plus précisément à l’ensemble des
couples ordonnés constitués en
premier lieu d’un argument et en
second lieu de la valeur qui
correspond à cet argument selon le
concept.
Dans
l’ontologie de Frege, il y a une
hiérarchie d’entités incomplètes.
Dans le cas des concepts, il faut
distinguer les concepts de premier
degré (ou premier ordre), qui
peuvent être considérés comme des
propriétés (Eigenschaften)
d’objets, et les concepts de degré
supérieur, dans lesquels tombent
non pas des objets mais des
concepts de degré immédiatement
inférieur. Par exemple, « est
rare » dénote un concept de
deuxième degré, puisqu’on ne dit
pas qu’un objet est rare (« Mao
est rare » n’a aucun sens
littéral ; ce n’est même pas une
expression bien formée pour
Frege) ; « est rare » est une
propriété de concept de premier
degré, donc une propriété de
propriété. La phrase « Les
licornes sont rares » dit d’un
concept de premier degré, à savoir
celui de licorne, que peu d’objets
tombent sous lui. De même pour
l’existence, qui est un concept de
deuxième degré. « Jules César
existe » n’est pas une proposition
bien formée dans l’idéographie
frégéenne.
On
peut distinguer trois relations
principales impliquant des
concepts et/ou des objets :
(1) La subsomption (unterfallen).
Un objet tombe sous un concept de
premier degré. Exemple : « Mao est
un homme ».
(2) L’insomption (infallen).
Un concept de premier degré tombe
dans un concept de deuxième
degré. Exemple : « Tout le monde
est triste », « Quelqu’un est
entré ».
(3) La subordination
(unterordnung). Un concept
de premier degré est subordonné à
un concept de même degré
lorsque l’extension du premier est
incluse dans l’extension du
second. Par exemple, le concept « x
est un Grec » est subordonné au
concept « x est un homme »
car tous les Grecs sont des
hommes. Frege dit que « être un
homme » est un caractère ou un
trait (Merkmal) du concept
subordonné « être un homme
marié ».
Pour
plus, à suivre sur :
http://julien.dutant.free.fr
Un grand merci
à Julien Duthan
pour ces textes !