Le
problème avec la "vox populi", c'est qu'elle colle
trop intimement à une logique binaire du langage.
Ainsi, si je m'énonce "du côté des victimes", je mets
tous ceux qui ne sont pas en accord avec mes méthodes
ou ma façon de voir, comme situé de l'autre côté !!!
Il
n'y a plus d'autres voies que le bon ou le mauvais
côté.
Mais que veulent les victimes ? Réclament-elles
justice ? La "vox populi" en appelle plus à la police
qu'à la justice.
Le
discours du Ministre de l'Intérieur est édifiant à ce
propos : "c'est directement la case prison !". Or,
dans un procès, la justice restaure la confiance en
l'État de Droit, ce tiers qui régule la distance entre
les citoyens.
La
répression policière à elle seule est insuffisante à
garantir la "bonne" distance entre le sujet et l'objet
de son désir…
Mettre quelqu'un au "trou", c'est-à-dire dans un lieu
où il ne se passe RIEN, ne permettra jamais de
faire consister cet
autre trou de dimension symbolique, Lieu de la Lettre
dans une structure non binaire du langage, et grâce
auquel il est possible de co-exister sans s'entretuer.
Parfois un meurtrier est inscrit dans la vie de telle
manière que la disparition de celui qu'il a occis le
projette d'un seul coup dans la dimension symbolique.
Dans ce cas-là, fort rare, le meurtrier se retrouve
devenu enfin sociable comme jamais – en prison ou
ailleurs.
Un autre problème surgit alors quand la justice
réagit à la "vox populi", sous forme de la majorité ou
sous la forme de la puissance économique.