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Un
lieu d'enseignement n'est pas un lieu de vie. La relation qui y est
proposé est une relation d'autorité, non pas avec l'enseignant mais
avec la langue, la lalangue comme l'appelle Lacan, qui
signifie par là ce qui traverse un sujet et le constitue comme
humain.
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Mme.
M. n'en peut plus, elle nous laisse des messages avec
son N° de téléphone, elle vient à tout hasard le
mercredi jour où nous sommes fermés, elle est à l'ANPE lorsque je la rappelle.
Mme. M est cadre, ce qu'on pourrait considérer comme
"chef de service" ou "sous directeur" dans une clinique
depuis de longues années, elle a 55 ans. Un jour, le
directeur change et il importe avec lui les nouvelles
technologies : on lui demande donc de se mettre à jour,
de "s'informatiser", ce qu'elle fait en suivant des
cours du soir, de son propre chef. Mais voilà que le
directeur lui donne un "logiciel spécial", qu'elle ne
connaît pas et qu'il lui demande de s'en servir le jour
même. Elle ne parvient pas à comprendre "comment ça
fonctionne", il entreprend son licenciement pour
"incompétence".
Lorsque cette dame vient nous voir, elle nous tient
ces propos :
"J'ai été déprimée pendant deux mois, maintenant,
je veux retravailler, j'aime mon travail, je sais
m'occuper d'une équipe et des patients mais il me
manque le maniement de ce logiciel dont j'ai oublié
le nom, et puis je voudrais connaître parfaitement
les logiciels de base. Alors, je suis prête à
recommencer à zéro, le temps qu'il faudra, je suis
comme une petite fille à qui vous allez tout
apprendre, je suis prête à entendre où sont mes
erreurs et elles sont nombreuses, à être corrigée en
permanence, je sais que c'est une question de
volonté et de concentration, voilà ce que j'ai, à
vous de m'apporter le reste, de me dire à quoi me
consacrer !"
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Le discours actuel de l'enseignement tend à remplacer le
"savoir" par le "savoir apprendre". Plus besoin de
maître. L'instit, le prof devient un accompagnateur et
l'élève est l'acteur de sa propre recherche de savoirs.
Au mieux, c'est un animateur qui lui rend cette
recherche ludique…mais l'acquisition du savoir (que l'on
appelle d'ailleurs des connaissances) se trouve dans la
vie sociale (les camarades de classe, les medias, les
jeux…) et non plus dans la relation avec le maître. De
la transmission d'humain à humain, on est passé à la
maîtrise des connaissances par un humain solitaire et
donc totalement soumis aux urgences de la vie
quotidienne :" pas besoin d'écouter les délires d'un
prof féru d'anthropologie, je veux être mécanicien; pas
besoin de faire des maths, je n'aime que dessiner!",
c'est-à-dire soumis à ses envies du moment.
Les profs ont contribués à ce cloisonnement des
matières, en les réduisant à des sacs de "connaissances
pratiques", les maths ça sert à quelque chose de précis,
ça a son UTILITE; l'élève doit se rendre à l'évidence:
"grâce aux maths, tu pourras faire une chaise ! " Si
l'on ne peut pas répondre à la question : à quoi ça
sert? On va escroquer l'élève, pire, se poser en modèle,
lui faire violence en ne lui donnant pas un accès direct
aux applications pratiques des savoirs. Le prof ne
devrait donc plus se contenter d'enseigner (au sens de
montrer dans une direction), mais il devrait donner
"envie d'apprendre".
Ce discours appauvrit le langage, mais réduit aussi la
relation de transmission du savoir à une peau de chagrin
: un bon manuel peut remplacer un maître, ou mieux
encore, une émission de télé peut apporter tout ce que
l'on veut savoir !
A part que l'on ignore toujours ce que l'on veut
savoir…
Et le maître ignore ce que chacun entend de ce qu'il
raconte, de ce qu'il met à l'épreuve de la parole.
Un lieu d'enseignement n'est pas un lieu de vie. La
relation qui y est proposé est une relation d'autorité,
non pas avec l'enseignant, mais avec la langue.
La lalangue comme
l'appelle Lacan, qui qualifie ce
qui traverse un sujet et le constitue en temps qu'humain. La lalangue ne connaît pas d'oppositions, sa logique entre
en contradiction avec la logique du discours social
dans lequel nous sommes plongés.
Christine Mercier-Chanvin
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