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Service civil obligatoire des jeunes
(SCO) :
La production de lien social par la société civile peut-elle
garantir une aliénation sociale efficace ?,
par
Arnaud Jacquart
En utilisant la jeunesse
pour une étanchéité sociale qui empêcherait toute
contestation future, nos dirigeants prétendent « éduquer »
la jeunesse par le travail, la soumettre à des méthodes
comportementalistes et un encadrement autoritaire modernes,
évitant toute confusion pédagogique avec des camps de
rééducation par le travail, de sinistre mémoire. Les
révoltes sont perçues innocemment comme des actes gratuits,
et non comme une réaction désespérée à l’oppression
socioéconomique qui sévit depuis nombre d’années et de
manière toujours plus accrue. Les politiques montrent ici
une dangereuse irresponsabilité en se défaisant de toute
intelligence et toute intention d’intervenir sur les causes
socioéconomiques, une surdité arrogante face aux populations
en souffrance creusant le fossé démocratique entre le
sentiment d’abandon et la loi du bâton, un aveuglement
politique réprimant le droit de manifester...
L'essence du néoliberalisme
:
par Pierre Bourdieu
LE monde
économique est-il vraiment, comme le veut le discours
dominant, un ordre pur et parfait, déroulant
implacablement la logique de ses conséquences
prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements
par les sanctions qu’il inflige, soit de manière
automatique, soit - plus exceptionnellement - par
l’intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l’OCDE, et
des politiques qu’ils imposent : baisse du coût de la
main-d'œuvre, réduction des dépenses publiques et
flexibilisation du travail ? Et s’il n’était, en
réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le
néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec
l’aide de la théorie économique dont elle se réclame,
parvient à se penser comme la description scientifique
du réel ? (suite)
Les désarrois de l’individu-sujet
:
par
Dany-Robert Dufour
Dans un article intitulé « L’essence
du néolibéralisme », paru
en mars 1998 dans Le Monde diplomatique,
Pierre Bourdieu proposait de concevoir le néolibéralisme
comme un programme de « destruction des structures
collectives » et de promotion d’un nouvel ordre fondé sur le
culte de « l’individu seul, mais libre ». Que le
néolibéralisme vise à la ruine des instances collectives
construites de longue date (par exemple, les syndicats, les
formes politiques, mais aussi la culture), c’est très
probable, et l’analyse de Pierre Bourdieu est, sur ce point,
fort pénétrante. Mais il semble nécessaire de pousser la
réflexion plus loin : peut-on penser que le néolibéralisme,
dans son oeuvre de destruction, puisse laisser intact l’individu-sujet ?
(suite)
L’illettrisme, frontière de nos
politiques éducatives et linguistiques
par
Nicolas Gachon,
Maître de Conférences, Université de Montpellier III.
Cette réflexion aborde la
question de l’illettrisme d’un point de vue politique et
dans une perspective éducative et linguistique. Parler
d’illettrisme est toujours extrêmement délicat dans la
mesure où le terme même semble associé à un aveu d’échec
intrinsèque, suggérant d’emblée une problématique complexe
et déclencheuse, presque immanquablement, de rhétoriques
normatives qui, finalement, posent plus de problèmes qu’elle
n’en résolvent. D’un point de vue politique, parler
d’illettrisme est plus difficile encore que parler
d’analphabétisme dans la mesure où c’est précisément
lorsqu’il y a eu apprentissage de la lecture et de
l'écriture que l’on parle d’illettrisme, lorsque ledit
apprentissage n'a pu conduire à leur maîtrise ou que cette
maîtrise, temporairement acquise, en a été perdue. (suite)
Malaise dans l’éducation,
par
Dany-Robert Dufour,
Directeur de programme au Collège international de
philosophie, Paris
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La réflexion
constitue-t-elle une entrave à la consommation qui exige des
individus sans repères ? Déjà la télévision généralise dès
l’enfance la confusion entre le réel et l’imaginaire, le moi
et l’autre, la présence et l’absence. Est-ce désormais à
l’école qu’il reviendrait d’achever le travail en imposant
partout la forme du talk-show télévisé, de l’« inter-réaction »
préférée à la réflexion et à l’instruction ? Certains
éducateurs semblent en tout cas estimer que les préférences
des élèves-consommateurs se valent pour peu qu’ils célèbrent
chacun à sa manière le culte de la marchandise. (suite)
La violence de l’homogénéisation
sociale, et sa conséquence : l’acculturation :
par
Pier Paolo
Pasolini
"C’est
quoi, la culture d’une nation ?", se
demande Pasolini, l’air de rien, en juin 1974.
"D’habitude,
on croit, même chez les personnes intelligentes, que la
culture d’une nation est la culture des scientifiques,
des hommes politiques, des professeurs, des fins
lettrés, des cinéastes, etc. Et donc qu’elle est la
culture de l’intelligentsia. En fait, ce n’est pas du
tout ça. Ce n’est pas non plus la culture de la classe
dominante, qui, justement, à travers la lutte des
classes, cherche à l’imposer au moins formellement. Ce
n’est pas plus la culture de la classe dominée,
c’est-à-dire la culture populaire des ouvriers et des
paysans. La culture d’une nation est l’ensemble de
toutes ces cultures de classes : c’est la moyenne de
toutes.
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