Pour illustrer
l'illettrisme, l'approche
de la
notion de sexuation,
montre bien que, quel que soit le biais
par lequel on aborde le problème, on ne peut faire
l'économie de l'évocation de
la mort
et plus exactement de la fonction de la mort concernant
le mode de reproduction du vivant.
Pour
se reproduire, le vivant n'a que deux solutions.
- soit être sexué et mortel, comme
les humains qui naissent sexués virtuellement avec une
sorte de devoir moral d'enregistrement de leur sexuation.
On appelle ça le passage de la “mort symbolique, dont le
rituel s’effectue selon les cultures par le biais du
baptême, de la circoncision, de l'excision et de
l’infibulation (notions qui, comme par hasard, se trouvent
toutes centrées autour de la notion de coupure et de
couture).
- soit être
non-sexué
et immortel,
comme l'amibe qui se reproduit par scissiparité en
s'étirant, s'étirant, jusqu'à se rompre en deux morceaux
(encore la coupure) lesquels se retrouvent dupliqués, les
amibes
d'aujourd'hui étant les mêmes que celles d'il y a mille
ans (sauf assèchement du marigot où elles demeurent, bien
sûr !).
Ce qui est
sexué-oui
est
enregistré
mortel,
sous l'empire conjugué de
l'
Éros
et du
Thanatos.
Parmi les autres, certains nombreux, nous disent souvent
ce sentiment qu'ils ont de leur éternité et de leur
immortalité. Ils
n'ont pas peur de la mort ! (Ce ne serait pas viril !)
Dans "Le
dialogue des carmélites",
Georges BERNANOS
montre bien le danger qu'il y a à confondre mort
imaginaire et mort symbolique avec la mort dans la
réalité ou
la mort réelle.
Lorsque l'Inquisition qui brûle les couvents et viole
les nonnes, approche de l'abbaye, la novice avoue sa
terreur de la mort à la mère supérieure et celle-ci la
tance vertement en lui disant qu'elle est vouée à être
l'épouse de Jésus et qu'elle blasphème en disant son
effroi.
Quand elles sont traînées au bûcher, la jeune novice est
sereine, toute imprégnée de Dieu et elle contemple la mère supérieure
qui est à moitié folle, prête à
tout même à invoquer Satan pour qu'on l'épargne.
Elles ne parlaient pas
de la même mort !
Les immortels
(je ne parle pas des académiciens, encore que...
!) n'ont comme mode d'appréhension (dans les deux sens
du terme) du monde que le rapport à l'Éros.
Cela
donne des sociétés comme ce que nous avons coutume
d'appeler la civilisation occidentale (un de mes maîtres
dit "les occidentés") où ce qui sert de réfèrent à
l'éducation passe par le crible du modèle hédoniste et
pornographique de la publicité, de la télévision et des
journaux.
L' Éros est érigé en
mode de pensée.
Mortel et sexué
ou
immortel et non sexué
!
Ce qui est fou, concernant la mort, c'est que nous n'en
sachions rien !
Que nous puissions continuer à faire comme si de rien
n'était !
Quelque chose là me semble insensé.
N'est-ce pas un simple fait de discours? Un effet de
discours ayant comme origine une inversion de la
pensée tenant au fait que nous manquons à la place de
notre absence. Nous occupons la place de notre absence.
Comme un rappel de là où nous étions avant !
Nous sommes accoutumés devant le scandale de la mort à
penser qu'elle est un avatar, une crise de la vie.
Et si c'était le
contraire : la vie
comme crise de
la mort !
Et à
y bien penser, cette immortalité, n'est ce pas un autre
aspect dissimulé de la mort en
creux, en négatif.
L'immortel ne peut pas
mourir car il est déjà mort.
Il
faut être imprégné de ce défaut de culture ou de ce
manque d’érudition à la mode d’aujourd’hui pour ne pas
voir dans le culte des morts de l’ancienne Egypte autre
chose que la promesse d’un au delà hypothétique. Ils
appelaient “mort vivant” ceux qui n’étaient pas passés
par l’initiation du Temple.
Pour pouvoir mourir il
faut être vivant !
Charley Supper