Faubourg du
Temple, samedi 4 mars 2006
Illettrisme et insulte
Nous avons
noté ces vingt dernières années une coïncidence de
l'augmentation de l'illettrisme et de la prolifération de
l'usage des insultes et grossièretés dans la conversation
courante et ce, la plupart du temps sans raison aucune. Nous
avons noté parallèlement l'apparition de cette mode qui
consiste, dans une conversation, à utiliser des gestes qui ne
servent à rien ou même semblent contredire ce qui est allégué
sur l'instant, au cours de la conversation.
La parole
au cours d'une conversation a été séparée du sens des mots et
des gestes qu'elle utilise. C'est un des aspect de ce qu'on
appelle la parole vide par opposition à la parole pleine. C'est
le signe de l'illettrisme et c'est une régression de la culture
et de la civilisation !
La prolifération de l'usage
des insultes et grossièretés dans la vie courante
Bâtard,
pédé, enculé, salope, pute, va te faire foutre, ta mère la pute…
"Merde"
est un peu démodé ou en tout cas a perdu de sa virulence.
Sa
virulence de quoi me direz-vous !
Eh bien,
nous tenons pour établi que l'insulte a une fonction qui est de
tenir l'autre à distance quand il nous importune ou que
simplement nous ne voulons pas être disponible pour lui,
manifestant ainsi un des aspects le plus important de notre
liberté : la responsabilité.
Par la
responsabilité, nous acceptons de répondre de notre parole, que
ce soit devant la justice ou devant la raison ou même encore
devant quelqu'un de musclé qui risque lui aussi de répondre à
nos insultes. Il s'agit en gros d'avoir du répondant,
c'est-à-dire de la parole dont on soit responsable.
Lorsque
l'on n'a plus l'usage de l'insulte à sa disposition pour tenir
l'autre à distance, on n'a plus comme choix que de disparaître
soi-même ou de le supprimer.
Sans
compter que l'usage permanent de l'insulte pour tenir un
discours ordinaire et subjuguer l'autre n'est plus que le signe
de ce que l'on ne soutient pas sa parole, que l'on n'en répond
pas.
C'est un
problème qu'il nous faudra résoudre si nous voulons continuer à
être inscrits sous les auspices de la civilisation !
Les gestes et paroles
décrochées du sens
Il semble
que cette mode (ou ce mode) de converser soit née de la
tentative de personnes ayant, pour différentes raisons, du mal à
saisir le sens des gestes et des mots utilisés par autrui, et
qui y parent par un mimétisme de ce qu'elle voient ou croit
avoir vu chez d'aucuns auxquels elles veulent s'identifier. On
voit souvent cela dans le métro. Deux personnes qui généralement
font un usage de la parole vide pour dire des choses qu'elles
ont entendues et qu'elles répètent. Ce sont généralement des
paroles sans intérêt sinon de faire à leurs propres yeux
apparaître ces personnes comme si elle usaient de la parole
pleine. Elles semblent pallier à ce vide de leur parole par des
gestes qu'elles ont vu utiliser par d'autres sans en bien saisir
le sens ou le bien fondé. Cela donne lieu à des scènes odieuses
pour celui qui y assiste parce que ces péroraisons sont obscènes
et exhibitionnistes et qu'implicitement, elles sous-tendent une
complaisante complicité de la part de celui qui ne réagit pas en
entendant ce vain discours de perroquet.
Mais
surtout, c'est un usage de mots non soutenus par la
responsabilité de ce qui est allégué et dont on n'est pas "responsible"
au sens anglais, et cela génère une sorte d'agressivité laquelle
entraîne inconsciemment chez autrui un sentiment de violence et
de colère.
Nous ne
parlerons pas ici, pour faire barrage à la jouissance, du rap et
des rappeurs qui sont pourtant la parodie de ce que nous venons
de développer ici.
Ces deux
processus de décrochement du sens sont la marque de
l'illettrisme. Toujours, la perte du sens, quel qu'en soit le
degré, est l'emblème de l'illettrisme !
Mais ces
processus sont aussi le produit de l'illettrisme.
Il sera
difficile d'en sortir parce que ces deux phénomènes s'auto
engendrent réciproquement !
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On a
remplacé la nécessité du vide symbolique par la création
d'un vide imaginaire du sens dans la réalité !
Toujours
ce même mode de croire que l'on peut faire l'économie du
symbolique et principalement de la castration symbolique !
Très
bizarrement, il me semble que c'est ici que l'on voit la limite
du discours de la science, lequel tient pour établi que la
réalité est le champ d'intervention idéal pour y inscrire tout
ce qui concerne le métier d'homme !
Pourtant,
on sait depuis des milliers d'années que le Réel dont dépend la
Réalité, ce réel à partir duquel seulement on peut influer sur
la réalité, ne peut être abordé que depuis le symbolique. C'est
à cela qu'ont servi l'invention de la Trinité chez les Chrétiens
et la circoncision chez les Juifs et les Musulmans après que les
Chrétiens y eurent renoncé.
Charley Supper
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