Percp.
- Ce sont les neurones où apparaissent les perceptions
et auxquels s'attache le conscient, mais qui ne
conservent en eux-mêmes aucune trace de ce qui est
arrivé, car le conscient et la mémoire s'excluent
mutuellement [V. l'Esquisse, p. 322].
Percp. S.
constitue le premier enregistrement des perceptions,
tout à fait incapable de devenir conscient et aménagé
suivant les associations simultanées.
Incs.
(l'inconscient) est un second enregistrement ou une
seconde transcription, aménagé suivant les autres
associations - peut-être suivant des rapports de
causalité. Les traces de l'inconscient
correspondraient peut-être à des souvenirs
conceptionnels et seraient aussi inaccessibles au
conscient.
Précs.
(le préconscient est la troisième transcription liée
aux représentations verbales et correspondant à notre
moi officiel. Les investissements découlant de ce
Précs. deviennent conscients d'après certaines lois.
Cette conscience cogitative secondaire, qui apparaît
plus tardivement, est probablement liée à la
réactivation hallucinatoire de représentations
verbales ; ainsi les neurones de l'état conscient
seraient là encore des neurones de perception et en
eux-mêmes étrangers à la mémoire.
Si je parvenais à donner un exposé complet des
caractères psychologiques de la perception et des
trois enregistrements, j'aurais formulé une nouvelle
psychologie. Je dispose pour ce faire d'une partie des
matériaux, mais sans avoir, pour le moment,
l'intention de m'en servir dans ce but.
Je tiens à faire remarquer que les enregistrements
successifs représentent la production psychique
d'époques successives de la vie
4..
C'est à la limite de deux époques que doit s'effectuer
la traduction des matériaux psychiques. Je m'explique
les particularités des psychonévroses en supposant que
la traduction de certains matériaux ne s'est pas
réalisée- ce qui doit entraîner certaines conséquences
nous soutenons, en effet, qu'il existe une tendance à
l'égalisation quantitative. Tout nouvel enregistrement
gêne l'enregistrement précédent et fait dériver sur
lui-même le processus d'excitation. Si aucun
enregistrement nouveau ne se produit, l'excitation
s'écoule suivant les lois psychologiques gouvernant
l'époque psychique précédente et par les voies alors
accessibles. Nous nous trouvons ainsi en présence d'un
anachronisme : dans une certaine province des fueros5. existent
encore, des traces du passé ont survécu. C'est le
défaut de traduction que nous appelons, en clinique
refoulement. Le motif en est toujours la production de
déplaisir qui résulterait d'une traduction ; tout se
passe comme si ce déplaisir perturbait la pensée en
entravant le processus de la traduction.
Pendant une même phase psychique et
en même temps que se réalisent les enregistrements
d'une seule et même sorte, nous voyons quelquefois
se dresser une défense normale contre le déplaisir
produit. La défense pathologique n'est dirigée que
contre les traces mnémoniques non encore traduites
et appartenant à une phase antérieure.
La réussite du refoulement ne dépend
pas de l'intensité du déplaisir
6..
C'est justement contre les souvenirs les plus
désagréables que nous luttons souvent en vain. Voici
comment ce fait peut s'expliquer lorsqu'un incident
A a provoqué en se produisant un certain déplaisir
la trace mnémonique A1 ou A2 qu'il laisse est
capable d'entraver la décharge de déplaisir lors de
la réapparition du souvenir. Plus le retour du
souvenir est fréquent, plus la décharge est
empêchée. Mais il existe un cas, un seul cas, où
l'inhibition ne suffit plus : c'est quand A, au
moment de sa production, a provoqué un certain
déplaisir et qu'il suscite, en resurgissant, un
nouveau déplaisir, l'inhibition n'est alors plus
possible. Le souvenir agit alors comme un événement
actuel. Ce fait ne se réalise que lorsque les
incidents ont été d'ordre sexuel parce qu'en ce cas
l'excitation qu'ils provoquent devient toujours plus
intense avec le temps (au cours du développement
sexuel).
Ainsi un incident sexuel survenu au
cours d'une certaine phase agit pendant la phase
suivante comme s'il était actuel, donc
irrépressible. La condition déterminante d'une
défense pathologique (c'est-à-dire du refoulement),
est donc le caractère sexuel de l'incident et sa
survenue au cours d'une phase antérieure.
Les incidents sexuels n'engendrent
pas forcément tous du déplaisir, la plupart sont
agréables. Il s'ensuit que leur reproduction est en
général accompagnée d'un plaisir non inhibé. Un
plaisir de ce genre constitue une compulsion. Nous
sommes ainsi amenés aux conclusions suivantes :
quand un souvenir sexuel réapparaît au cours d'une
autre phase et qu'il engendre du plaisir, il en
résulte une compulsion, mais s'il produit du
déplaisir, il y a refoulement. Dans les deux cas, la
traduction en signes de la nouvelle phase semble
être gênée (?)7..
L'observation clinique nous fait
connaître trois groupes de psychonévroses sexuelles
: l'hystérie, la névrose obsessionnelle et la
paranoïa et nous enseigne que les souvenirs refoulés
se rapportent, dans le cas de l'hystérie, aux
événements survenus entre 1 an 1/2 et 4 ans8.,
dans le cas de la névrose obsessionnelle entre 4 et
8 ans et, pour la paranoïa, entre 8 et 14 ans.
Toutefois, au-dessous de 4 ans, aucun refoulement ne
se produit et ainsi les périodes d'évolution
psychique et les phases sexuelles ne coïncident pas
(fig. 8)9..
La
perversion est une autre conséquence d'un incident
sexuel trop précoce. II faut, semble-t-il, pour
qu'elle apparaisse que la défense ne se produise pas
avant l'achèvement de l'appareil psychique ou
qu'elle fasse tout à fait défaut10..
(Voir la fig.9.)
Telle est la
superstructure. Tentons maintenant de l'établir sur
des fondements organiques. Il s'agit d'expliquer
pourquoi des incidents sexuels, générateurs de
plaisir au moment de leur production, provoquent
chez certains sujets, lors de leur réapparition
ultérieure sous forme de souvenirs, du déplaisir
alors que, chez d'autres, ils donnent naissance à
des compulsions. Dans le premier cas, ils doivent
évidemment susciter un déplaisir qui ne s'était pas
produit au début.
Il
faut aussi déterminer les époques psychologiques et
sexuelles. Tu m'as appris que ces dernières étaient
des multiples supérieurs de la période féminine de
vingt-huit jours...11.
Pour
expliquer le choix entre perversion et névrose, je
me base sur la bisexualité de tous les humains. Chez
un sujet purement viril, il se produirait aux deux
limites sexuelles, un excès de décharge mâle, donc
du plaisir et en même temps une perversion. Chez un
être purement féminin, il y aura un excédent de
substance génératrice de déplaisir à ces deux
époques. Durant les premières phase les productions
resteraient parallèles, c'est-à-dire qu'elles
fourniraient un excédent normal de plaisir. C'est ce
qui explique la plus grande susceptibilité des
vraies femmes aux névroses de défense.
C'est de cette
manière que se confirmerait d'après ta théorie la
nature intellectuelle des hommes.
Enfin, je ne
puis écarter l'hypothèse que m'avait fait pressentir
l'observation clinique et suivant laquelle la
distinction à établir entre neurasthénie et névrose
d'angoisse serait liée à l'existence de période de
vingt-trois et vingt-huit jours12..
En plus des deux
périodes dont je soupçonne la présence, il pourrait
bien y en avoir plusieurs autres de chaque espèce.
L'hystérie me
semble toujours davantage résulter de la perversion
du séducteur ; l'hérédité s'ensuit d'une séduction
par le père. Il s'établit ainsi un échange entre
générations :
Première
génération : perversion ;
Deuxième
génération : hystérie et, en conséquence, stérilité.
Il arrive parfois que le sujet subisse une
métamorphose. Pervers à la maturité, il devient
hystérique après une période d'angoisse.
Il s'agit, en
fait, dans l'hystérie, plutôt du rejet d'une perversion
que d'un refus de la sexualité.
A l'arrière-plan
se trouve l'idée de zones érogènes abandonnées. Au cours de l'enfance, en effet, la
réaction sexuelle s'obtient, semble-t-il, sur de
très nombreuses parties du corps ; mais plus tard
ces dernières ne peuvent plus produire que
l'angoisse du 28è jour et rien d'autre. C'est à
cette différenciation, à cette limitation, que
seraient dus les progrès de la civilisation et le
développement d'une morale tant sociale
qu'individuelle.
L'accès
hystérique ne constitue pas une décharge mais une action
qui conserve le caractère inhérent à
toute action : être un moyen de se procurer du
plaisir (tel en est tout au moins le caractère
originel elle se justifie devant le préconscient par
toutes sortes de raisons).
Ainsi les
patients chez qui la sexualité a joué quelque rôle
au cours du sommeil souffrent d'accès de somnolence.
Ils se rendorment pour renouveler cette expérience
et provoquent souvent ainsi des évanouissements
hystériques.
Les accès de
vertige, de sanglots, tout est mis au compte d'une autre personne,
mais surtout au compte de
cet autre personnage préhistorique, inoubliable, que
nul n'arrive plus tard à égaler. D'ailleurs même le
symptôme chronique des sujets qui veulent rester
couchés s'explique de la même façon. Un de mes
malades ne cesse de geindre dans son sommeil, comme
il faisait jadis quand il voulait que sa mère, morte
quand il avait 22 mois, le prenne dans son lit.
Jamais un accès ne semble être la manifestation
intensifiée d'une émotion13..
...
Je suis en pleine fièvre de travail durant dix à
onze heures chaque jour et me sens, grâce à cela, en
bon état, mais presque aphone. S'agit-il d'une
fatigue excessive des cordes vocales ou d'une
névrose d'angoisse ? Inutile de chercher une
réponse. Il vaut mieux, comme le conseille Candide,
travailler sans raisonner14....
Je viens d'orner
mon bureau de moulages de statues florentines15..
Ce fut pour moi un énorme délassement. Je forme le
dessein de devenir riche pour refaire ce voyage et
rêve à un congrès en terre italienne ! (Naples,
Pompéi).
Mes
affectueuses pensées à vous tous,
Ton Sigm.
1.
L'exposé qui suit marque un passage entre les
hypothèses relatives à l'appareil psychique telles
qu'elles sont présentées dans l'Esquisse, p. 30, et
les concep-tions de FREUD exposées dans le VIIe
Chapitre de L'Interprétation des rêves. FREUD les a
plus tard reprises dans Au-delà du principe de plaisir
et, en 1925, dans la Note sur le bloc magique, sous
une forme qui rattache la théorie la plus récente à
l'ancienne. "Les appareils que nous avons inventés
pour améliorer ou renforcer nos fonc-tions
sensorielles sont construits de la même façon que les
organes eux-mêmes ou que certaines parties de ces
derniers (par exemple les lunettes, les cameras
photographiques, les tuyaux acoustiques, etc.). Par
comparaison les moyens pouvant servir à aider notre
mémoire semblent particulièrement défectueux, car
notre appareil psychique réalise justement ce qu'eux
ne peuvent faire il possède le don illimité de
recevoir de nouvelles impressions et crée cependant de
façon continue des traces mnémoniques durables sinon
inaltérables. Dans mon Interprétation des rêves, j'ai
déjà supposé que cette inhabituelle faculté pourrait
être attribuable à l'action de deux systèmes
différents (ou organes de l'appareil psychique).
D'après cela, nous possédons un système
perception-conscient recevant les perceptions mais
n'en conservant aucune de façon permanente, de telle
sorte qu'il se comporte devant toute perception
nouvelle comme une feuille de papier blanche. Les
traces durables des émois perçus, au contraire,
seraient conservées dans le système mné-monique
sous-jacent. Plus tard, dans Au-delà du principe de
plaisir (1920 g), j'ai ajouté que l'inexplicable
phénomène du conscient se produisait, dans le système
de perception, à la place des traces permanentes."
2.
C'est l'un des rares passages où FREUD lui-même fait
remarquer la ressem-blance existant entre Zur
Auffassung der Aphasien (1891 b) et ses œuvres
ultérieures.
3.
Percp., perception ; Percp.S., signe de perception ;
Inc., inconscient ; Préc., préconscient ; consc.,
conscience. Ces abréviations préludent à celles que
Freud emploiera et ont d'abord été utilisées dans la
lettre à Fliess portant le n° 64, du 31-5-1897. On les
retrouve dans le chapitre VII de L'interprétation des
rêves (1900a).
4.
Freud n'a pas poursuivi immédiatement dans ses écrits
l'idée de donner un fondement génétique à sa
compréhension du fonctionnement de l'appareil
psychique. Il est vrai que, de façon indirecte, il a
soutenu cette opinion dans sa Formulation des deux
principes de la fonction psychique (1911 b). Et même à
une époque plus récente, ces vues de Freud n'ont
comporté aucune suite vraiment satisfaisante.
Toutefois, le problème qui l'avait préoccupé dès 1896
peut actuellement être plus exactement posé. Il s'agit
de relier l'histoire des fonctions individuelles du
moi au développement de l'appareil psychique. Voir H.
HARTMANN, 1940 et H. HARTMANN, B. KRIS et R.
Loewenstein, 1947.
5. Le fuero était une loi
espagnole ancienne restée en vigueur dans certaines
villes ou certaines provinces et garantissant à ces
régions des privilèges immémo-riaux. (N. d. T.)
6. Les
réflexions d'ordre économique qui, l'année précédente
(Voir l'Esquisse avaient encore été formulées dans le
langage de la physiologie nerveuse, sont ici
remplacées par des idées d'ordre général relatives aux
intensités d'investissement. La description de
l'appareil psychique acquiert ainsi bien plus
d'indépendance et concorde mieux avec les observations
cliniques ; en même temps on voit apparaître le point
de vue ontogénique.
Les paragraphes suivants établissent
un lien entre les hypothèses de Freud relatives au
fonctionnement de l'appareil psychique et ses idées
sur le rôle spécifique du refoulement en tant que
défense contre des traumatismes sexuels. Ces idées se
fondent toujours sur l'hypothèse de la "séduction".
(voir Introd., p. 25.)
7.
Le point d'interrogation existe dans le manuscrit.
8.
Voir la formulation antérieure dans la lettre n° 46.
9.
Freud ne distingue ici que deux phases sexuelles
précédant la puberté et séparées par la seconde
dentition.
10.
C'est la première fois que Freud parle des
perversions.
11.
Dans un passage non reproduit ici, Freud tente de
considérer les phases pendant lesquelles, pour chaque
groupe de maladies, la séduction a eu lieu, comme des
multiples des périodes de Fliess. Dans le passage
suivant ici reproduit, Freud dit que les névroses se
fondent sur la bisexualité, idée dont Fliess affirma,
tard, être le promoteur (voir lntrod., p. 34).
Toutefois, dans cette première formulation, les
opinions de Freud ont une bien plus grande portée. Il
reconnaît l'importance des zones érogènes et, en tout
cas, montre à ce point de vue le rôle joué par le
processus de maturation.
12.
Hypothèse bientôt abandonnée par Freud. Elle
représente le maximum ses efforts pour faire concorder
les idées de Fliess avec les siennes
13.
Dans son travail sur les Neuropsychoses de défense
(1894 a), FREUD partageait encore l'opinion
d'Oppenheim en pensant que l'hystérie était
l'expression intensifiée d'une émotion.
14.
En français dans le texte.
15.
Ce bureau était celui de la Berggasse, 19 où Freud
venait d'emménager.
__________________________
NB. -
WahrnehmungsZeichen : signes de perception (Percp.S)
WZ
-
ErinnerungsSpuren : traces des souvenirs (Ict) ES
-
Vorstellungsrepräsentanz : représentations de
mots (Ct) VR
_______________________________