Faubourg du Temple Dimanche 4 avril 2004.
2 - L'affaire "du Trou"
par Charley Supper
Commençons par dire l'horreur de ce qui à
été perpétré là, par ce monsieur "Dutroux".
Nous sommes ici à la limite de l'humain.
Pourtant, nous sommes encore dans l'humain.
Et voilà ce que nous, les humains, avons
perpétré, après Nagasaki, Hiroshima, les
génocides et les Camps de concentration.
Essayons d'en parler sans tomber dans la
jouissance. Faisons autant que faire se peut
barrage à la jouissance.
Je veux parler par exemple du sourire salace
qui ne manque jamais d'affecter certains
quand il est question de viols notamment.
Ici, il s'agit de meurtre et de viol, mais
de meurtre et de viol d'enfants !
N'oublions à aucun instant la souffrance des
familles, sinon nous sommes aussi peu
humains que Dutroux.
Si les victimes de cette monstruosité
méritent notre tristesse, elles me semblent
aussi mériter notre honte. Il me semble
qu'il ne faille pas oublier que cette
horreur (je me répète, mais on ne trouve pas
de mots à la mesure de ces crimes) a été
perpétrée par un humain, par un membre du
corps auquel nous appartenons tous, je veux
parler du corps de l'humanité.
Je voudrais pour situer la qualité de la
honte à laquelle je fais allusion, citer
Lacan. Lacan disait que "la
honte" n'est pas un concept
viable ni un référent sauf à l'accepter dans
son sens de : "avoir honte de ne pas être
mort de honte".
De quoi s'agit-il dans l'affaire Dutroux ?
On voit bien ici que l'attaque est
principalement une attaque contre le corps,
contre le corps dans toutes ses acceptions ;
le corps humain et le corps de l'humanité,
sans parler du corps social lequel de
n'avoir pas su dans l'après-coup trouver les
mots pour qualifier l'horreur s'en est
trouvé traumatisé un instant...Un
troumatisme !
Vous savez sûrement à force de nous lire que
nous pensons chaque concept appartenir à
trois ordre plus un : L'Imaginaire, le
Symbolique, le Réel (et la Réalité, bien
qu'elle soit fictive mais pas pour autant
sans conséquences). Cela, sachant que ce qui
s'appelle du nom de
Réel
qualifie un lieu où nous n'avons pas accès
nous, les humains.
De quel corps est-il question ici ?
Du corps individuel, du corps social, du
corps de l'humanité ?
Du corps imaginaire, symbolique, réel, ou
dans la réalité.
Le corps humain peut être appréhendé de
différents points selon l'âge et la maturité
sexuelle de chacun.
-
Pour l'enfant de cinq ans qui dit à son
copain en le menaçant d'un pistolet en
bois (déjà du sexuel !) : "Pan t'es mort
!", l'autre s'en retrouve être
réellement
mort. Réellement mort
imaginairement.
Ça n'empêchera pas le copain de se
relever quand il en aura marre de ce jeu
du moment. Ici, il s'agit de la mort
imaginaire, pas si éloignée que ça en
apparence de celle où se revendiquent
les enfants autistes, sinon que les
enfants autistes décident pour des
raisons qui les regardent d'être morts
réellement.
Ce n'est bien sur pas sans conséquences.
Quand un enfant décide d'être
réellement
mort dans son
corps de la réalité,
il n'a pas accès au
corps symbolique
de l'humanité
! Ces deux situations diffèrent en ce
qu'elle mettent en jeu l'une, la mort
imaginaire, l'autre la mort réelle qui
est différente de la mort dans la
réalité laquelle concerne ceux que nous
perdons, que nous aimions ou que nous
haïssions. Sachant que perdre un être
cher est une douleur terrible (et je
repense aux familles des victimes de
Dutroux) mais que perdre un être haït
est souvent étonnement plus douloureux.
En y regardant bien, ce n'est pas si simple.
Ces deux exemples précédents mettent en jeu
l'un le
corps imaginaire,
l'autre
le corps réel.
On a d'un côté :
-
Mort imaginaire
sur
corps de la réalité
(dans le cas des enfants qui jouent à se
tuer).
De l'autre :
-
Mort réelle
sur
le corps réel
(dans le cas de l'enfant autiste dont le
corps dans la réalité continue d'assumer
les fonctions essentielles).
Je me rends compte que ce n'est pas simple
au point que moi-même qui travaille
là-dessus depuis tant d'années je m'y perds
parfois. Pour mieux imager notre propos on
peut imaginer ces personnes amputées d'un
membre et qui souffrent d'une façon si
intolérable du membre absent qu'on ne peut
traiter leur douleur alors même qu'ont été
mis au point des analgésiques très
performants. Je crois que l'on pourrait
répondre à leurs attentes en se repérant sur
: "quel est le corps qui est chez eux en
souffrance". Le corps symbolique, le corps
réel, le corps imaginaire ou encore le corps
de la réalité.
Bref…
Ce n'est qu'une fois franchie la puberté et
ce que nous nommons
la mort symbolique
(1),
laquelle donne accès à l'usage d'un
imaginaire symbolisé, que des
différenciations pourront s'opérer (ou non),
quant à la référence au corps et à la mort
comme à tous les concepts d'ailleurs.
Ce passage de la mort symbolique, je le
souhaite au plus tôt à tous ceux que je dis
que j'aime mais aussi à ceux que je crois ne
pas aimer (de ce que sans cesse ils me
causent problème dans
mon corps
ou dans
le corps social
ou dans
le corps de l'humanité
parce qu'ils n'ont accès qu'à la violence et
à l'agression pour avoir le sentiment
d'exister). Je leur souhaite de l'atteindre
au plus tôt car c'est ce rituel qui
installe un humain dans son métier
d'homme. J'aime bien cette formule car,
au temps de ma jeunesse d'homme à moi, on
disait déjà en parlant d'aucun :"ce n'est
pas un homme" ou au contraire : "ça, c'est
un homme " sous entendu "un vrai" et ces
formulations comportaient trop de jugement
et faisaient que certains se sentaient plus
homme que d'autres ou "plus plus" homme et
la surenchère addictive ne s'arrêtait plus.
Alors qu'en fait, quelqu'un qui se
revendique "vrai" ou "vrai, vrai" homme est
simplement le jouet de son impuissance à
accéder au métier d'homme. D'ailleurs d une
fois parvenu à cette initiation, on se fout
pas mal d'être un "vrai" homme.
Vrai homme, ça n'existe pas !
Homme ça suffit. C'est déjà très difficile
d'y accéder. Une fois qu'on y est parvenu,
on ne peut revendiquer quoi que ce soit du
côté du "vrai" puisque aussi bien, la seule
façon d'accéder au métier d'homme est
d'intégrer son côté féminin. Le "véritable"
homme n'existe pas, n'en déplaise aux
machistes qui sont simplement des humains
qui n'ont pas franchi le stade de la
sexuation, c'est-à-dire la mort symbolique.
C'est d'autant plus marrant que pour aborder
ce rivage, il n'y a aucune autre façon donc
que d'intégrer son côté féminin, que l'on
soit d'ailleurs un homme ou une femme.
Le
réfèrent viril ou masculin n'existe pas !
Or, dans le discours de psychose sociale
d'aujourd'hui, de la féminité,
l'homme n'en veut pas et la femme non plus.
C'est cette non-prise en compte de la
sexuation symbolique (je n'ai pas dit
sexualité) qui fait la débandade des propos
féministes d'aujourd'hui ou les tentatives
de faire du mariage homosexuel cette farce
désolante avec le "pacs" comme institution
dérisoire.
Le problème de notre société qui ne croit
plus en rien qu'en la destruction de l'Autre
pour pouvoir exister me semble avoir pour
origine l'abandon de tout ce qui permettait
le passage de la mort symbolique, je veux
parler des rituels initiatiques. Or, il en
va des rituels comme de tous les concepts,
ils sont de trois ordre. Répétons-nous, ils
sont soit imaginaires, soit symboliques,
soir réels et le choix de l'un plutôt que
l'autre, n'a pas les mêmes effets dans la
réalité.
(la suite).