2 -
L'affaire
"du Trou"
par
Charley Supper
Commençons par dire l'horreur de ce qui à été
perpétré là, par ce monsieur "Dutroux". Nous
sommes ici à la limite de l'humain. Pourtant,
nous sommes encore dans l'humain. Et voilà ce
que nous, les humains, avons perpétré, après
Nagasaki, Hiroshima, les génocides et les
Camps de concentration.
Essayons d'en parler sans tomber dans la
jouissance. Faisons autant que faire se peut
barrage à la jouissance.
Je veux parler par exemple du sourire salace
qui ne manque jamais d'affecter certains quand
il est question de viols notamment.
Ici, il s'agit de meurtre et de viol, mais de
meurtre et de viol d'enfants !
N'oublions à aucun instant la souffrance des
familles, sinon nous sommes aussi peu humains
que Dutroux.
Si les victimes de cette
monstruosité méritent notre tristesse, elles
me semblent aussi mériter notre honte. Il me
semble qu'il ne faille pas oublier que cette
horreur (je me répète, mais on ne trouve pas
de mots à la mesure de ces crimes) a été
perpétrée par un humain, par un membre du
corps auquel nous appartenons tous, je veux
parler du corps de l'humanité.
Je voudrais pour situer la qualité de la honte
à laquelle je fais allusion, citer Lacan.
Lacan disait que "la honte"
n'est pas un concept viable ni un référent
sauf à l'accepter dans son sens de : "avoir
honte de ne pas être mort de honte".
De quoi s'agit-il dans l'affaire Dutroux ?
On voit bien
ici que l'attaque est principalement une
attaque contre le corps, contre le corps dans
toutes ses acceptions ; le corps humain et le
corps de l'humanité, sans parler du corps
social lequel de n'avoir pas su dans
l'après-coup trouver les mots pour qualifier
l'horreur s'en est trouvé traumatisé un
instant...Un
troumatisme !
Vous savez sûrement à force de nous lire que
nous pensons chaque concept appartenir à trois
ordre plus un : L'Imaginaire, le Symbolique,
le Réel (et la Réalité, bien qu'elle soit
fictive mais pas pour autant sans
conséquences). Cela, sachant que ce qui
s'appelle du nom de Réel
qualifie un lieu où nous n'avons pas
accès nous, les humains.
De quel corps est-il question ici ?
Du corps individuel, du corps social, du corps
de l'humanité ?
Du corps imaginaire, symbolique, réel, ou dans
la réalité.
Le corps humain peut être appréhendé de
différents points selon l'âge et la maturité
sexuelle de chacun.
-
Pour l'enfant de cinq ans qui dit à son
copain en le menaçant d'un pistolet en bois
(déjà du sexuel !) : "Pan t'es mort !",
l'autre s'en retrouve être
réellement mort.
Réellement mort imaginairement. Ça
n'empêchera pas le copain de se relever
quand il en aura marre de ce jeu du moment.
Ici, il s'agit de la mort imaginaire, pas si
éloignée que ça en apparence de celle où se
revendiquent les enfants autistes, sinon que
les enfants autistes décident pour des
raisons qui les regardent d'être morts
réellement. Ce
n'est bien sur pas sans conséquences. Quand
un enfant décide d'être réellement mort dans son
corps de la réalité,
il n'a pas accès au corps
symbolique de l'humanité ! Ces
deux situations diffèrent en ce qu'elle
mettent en jeu l'une, la mort imaginaire,
l'autre la mort réelle qui est différente de
la mort dans la réalité laquelle concerne
ceux que nous perdons, que nous aimions ou
que nous haïssions. Sachant que perdre un
être cher est une douleur terrible (et je
repense aux familles des victimes de
Dutroux) mais que perdre un être haït est
souvent étonnement plus douloureux.
En y regardant bien, ce n'est pas si simple.
Ces deux exemples précédents mettent en jeu
l'un le corps imaginaire,
l'autre le corps réel.
On a d'un côté :
-
Mort imaginaire
sur corps de la réalité
(dans le cas des enfants qui
jouent à se tuer).
De l'autre :
-
Mort réelle
sur le corps
réel (dans le cas de l'enfant
autiste dont le corps dans la réalité
continue d'assumer les fonctions
essentielles).
Je me rends compte que ce n'est pas simple au
point que moi-même qui travaille là-dessus
depuis tant d'années je m'y perds parfois.
Pour mieux imager notre propos on peut
imaginer ces personnes amputées d'un membre et
qui souffrent d'une façon si intolérable du
membre absent qu'on ne peut traiter leur
douleur alors même qu'ont été mis au point des
analgésiques très performants. Je crois que
l'on pourrait répondre à leurs attentes en se
repérant sur : "quel est le corps qui est chez
eux en souffrance". Le corps symbolique, le
corps réel, le corps imaginaire ou encore le
corps de la réalité.
Bref…
Ce n'est qu'une fois franchie la puberté et ce
que nous nommons la
mort symbolique (1), laquelle donne accès à
l'usage d'un imaginaire symbolisé, que des
différenciations pourront s'opérer (ou non),
quant à la référence au corps et à la mort
comme à tous les concepts d'ailleurs.
Ce passage de la mort symbolique, je le
souhaite au plus tôt à tous ceux que je dis
que j'aime mais aussi à ceux que je crois ne
pas aimer (de ce que sans cesse ils me causent
problème dans mon corps
ou dans le corps
social ou dans le
corps de l'humanité parce qu'ils
n'ont accès qu'à la violence et à l'agression
pour avoir le sentiment d'exister). Je leur
souhaite de l'atteindre au plus tôt car c'est
ce rituel qui
installe un humain dans son
métier d'homme. J'aime bien cette
formule car, au temps de ma jeunesse d'homme à
moi, on disait déjà en parlant d'aucun :"ce
n'est pas un homme" ou au contraire : "ça,
c'est un homme " sous entendu "un vrai" et ces
formulations comportaient trop de jugement et
faisaient que certains se sentaient plus homme
que d'autres ou "plus plus" homme et la
surenchère addictive ne s'arrêtait plus. Alors
qu'en fait, quelqu'un qui se revendique "vrai"
ou "vrai, vrai" homme est simplement le jouet
de son impuissance à accéder au métier
d'homme. D'ailleurs d une fois parvenu à cette
initiation, on se fout pas mal d'être un
"vrai" homme.
Vrai homme, ça n'existe pas !
Homme ça
suffit. C'est déjà très difficile d'y accéder.
Une fois qu'on y est parvenu, on ne peut
revendiquer quoi que ce soit du côté du "vrai"
puisque aussi bien, la seule façon d'accéder
au métier d'homme est d'intégrer son côté
féminin. Le "véritable" homme n'existe pas,
n'en déplaise aux machistes qui sont
simplement des humains qui n'ont pas franchi
le stade de la sexuation, c'est-à-dire la mort
symbolique. C'est d'autant plus marrant que
pour aborder ce rivage, il n'y a aucune autre
façon donc que d'intégrer son côté féminin,
que l'on soit d'ailleurs un homme ou une
femme.
Le réfèrent viril ou masculin n'existe pas !
Or, dans le discours de
psychose sociale d'aujourd'hui, de la
féminité,
l'homme n'en veut
pas et la femme
non plus.
C'est cette non-prise en compte de la
sexuation symbolique (je n'ai pas dit
sexualité) qui fait la débandade des propos
féministes d'aujourd'hui ou les tentatives de
faire du mariage homosexuel cette farce
désolante avec le "pacs" comme institution
dérisoire.
Le problème de notre société qui ne croit plus
en rien qu'en la destruction de l'Autre pour
pouvoir exister me semble avoir pour origine
l'abandon de tout ce qui permettait le passage
de la mort symbolique, je veux parler des
rituels initiatiques. Or, il en va des rituels
comme de tous les concepts, ils sont de trois
ordre. Répétons-nous, ils sont soit
imaginaires, soit symboliques, soir réels et
le choix de l'un plutôt que l'autre, n'a pas
les mêmes effets dans la réalité.
(la suite).