Actuellement, l’injonction
sociale est « prenez du plaisir ! ». Car le plaisir est une
satisfaction immédiate et passagère qui bouche tout
cheminement possible du désir. Car tout plaisir est une
satisfaction par l’objet et non par l’Autre, relation
autrement plus complexe et surprenante que la relation
d’objet…
Lorsque l’Autre est livré en
objet à la satisfaction des autres, telle une personne mise
dans un bocal et exposée dans chaque geste de la vie
quotidienne au regard d’autres personnes, cela produit de la
DISTRACTION.
Un temps, à chaque moment de
veille psychique, les téléspectateurs sont placés dans
l’apparence d’une relation. Mais les images ne sont que des
bulles vides lorsque ceux qui les regardent ne sont pas en
condition d’être sujet (de l’inconscient), de même que ceux
qui sont filmés sont offerts comme produits marketing d’une
chaîne ou d’autres « professionnels »- c'est-à-dire comme
produit interchangeable et jetable.
« Distraire » vient du latin
« trahere » qui signifie « tirer » qui vient de « tirer le
lait », c'est-à-dire traire. Les vaches sont des animaux
emprunts de poésie car elles font largement parties de
l’Histoire, ou de nos petites histoires.
Une vache à lait prend un
statut d’objet qui la réduit à une marchandise. Elle ne joue
plus un rôle de lien entre les sujets pris ainsi dans une
relation d’échange. Elle se retrouve réduite à son usage. Quel
usage peut-on faire d’un être humain ? Le XXI° siècle
nous apporte quelques réponses.
La bouche du monde emprunte
deux discours qui dissimulent tant bien que mal l’oubli d’un
discours qui lui serait propre. Les médias, les infos, bref,
les journalistes utilisent les paroles de la police et de la
justice. Ils nous rendent témoins des procès ou nous demandent
de suspecter et réprimer les autres : cette propagande de
« responsabilisation » vide le sujet de toute existence
psychique.
Il ne s’agit plus
d’accompagner la pensée ou mettre en place les conditions d’un
débat d’idées et de points de vue différents, il s’agit
d’organiser un point de vue universel.
Dans ce point de vue
universel, c'est-à-dire « dans l’absolu », nous sommes tous
tenus de participer à des relations duelles : il y a ceux qui
savent, ceux qui cherchent LA vérité, dans un rapport de
forces où il y a les bons et les mauvais, les victimes et les
bourreaux…Notre jugement ou notre opinion fait office de
discours.
Êtes-vous « pour » ou
« contre » ? Dites-vous « oui » ou « non » ? S’il y a des
personnes qui ont laissé mourir leurs grands-parents, vous
pouvez être de ceux-là…car, dans la comptabilité statistique,
les opinions, les actes sont comparables car ils sont tous mis
sur le même plan.
La responsabilité collective
s’appuie sur une morale d’antagonismes ou/et de similitudes,
pour ne pas dire de destruction ou/et d’assimilation. Car le
point de vue universel n’est pas un super point de vue, il
n’est en fait qu’un point de vue local qui exclu tout autre
point de vue, c'est-à-dire toute pensée possible.
Quel bénéfice peut trouver un
être humain à ne pas penser et à ne pas permettre que ça
pense ?