Nanterre le 25 juin
2007.
Dans le champ de
l’imaginaire, nous tombons sous l’emprise de la
relation duelle, où les éléments de la relation sont
en symétrie ou en opposition, et de ce fait,
prennent l’apparence d’avoir une existence « en
soi ». Le champ du Symbolique permet de figer les
« rapports » de telle sorte que les éléments de la
relation se substituent parfois les uns aux autres,
se synthétisent et se transforment.
Sans ce « jeu »
dans les articulations, aucun élément n’a de
cohérence.
Les mathématiques
sont un discours qui s’apparente au discours
imaginaire (vrai/faux, inconnue/valeur numérique…),
mais qui se déploie uniquement dans un champ
symbolique. Ce champ est totalement défini et
codifié comme point de départ, et permet ainsi de
faire permuter des
lettres et des
chiffres (quoi de
plus hétérogène ?) ou de développer ou réduire les
termes d’une équation jusqu’à un irréductible.
Lorsque le champ du
symbolique n’est pas advenu comme terrain de jeu
délimité pour le « parlêtre », nous assistons dans
le langage, à un remplacement des métaphores et des
métonymies, par une éruption de mots (insultes), et
par une prolifération de significations sans bornes.
D’ailleurs, les
symptômes font état de la perte du sens.
Chez les personnes
illettrées, nous rencontrons :
-
Celles qui vont
systématiquement lire un mot (ou plusieurs) à la
place d’un autre.
-
Celles qui ont
un mal fou ou mettent beaucoup de temps à
déchiffrer le moindre texte, quel que soit le
temps déjà passé dessus.
-
Celles qui
systématiquement, font des erreurs de genre et
lisent un féminin à la place d’un masculin ou
l’inverse.
On le remarque
vite, chez tous, cela tourne autour d’une
problématique de l’inscription symbolique.
Imaginons un seul
instant que nous soyons tenus à exprimer le plus
possible ce que nous sommes : c’est cela qui nous
arrive lors de l’écriture d’une lettre de
motivation. C’est la situation permanente dans
laquelle se trouve la personne illettrée : les mots
deviennent des termes scientifiques, la lettre est
identifiée à l’être.
Les difficultés
d’apprentissage de la personne illettrée attestent
qu’il y a, à l’œuvre, une coupure imaginaire non
symbolisée qui la coupe d’elle-même et des autres et
qui se répète à l’infini quelles que soient les
méthodes d’apprentissage proposées.
C’est cela
l’addiction !
Ce qui est
impossible à symboliser, et ne peut être actualisé
dans un compromis avec les principes de plaisir et
de réalité, s’inscrit toujours dans le corps (ou
l’être) sous forme de symptôme.
Seule à être
opérante, une coupure symbolique rendra l’imaginaire
symbolisé .On n’aura plus alors à faire avec l’être
qui est « coupé de », mais à l’être de la lettre.